Je viens de lire La Guerre pendant mes vacances en Grèce. Autant dire que je ne m’attendais pas à ce que cette lecture bouleverse à ce point ma journée. En refermant l’album, impossible de retrouver l’insouciance des paysages baignés de soleil. Certaines œuvres vous poursuivent longtemps après la dernière page (surtout la dernière). Celle-ci en fait incontestablement partie.
Habitué aux outrances, à l’humour noir et à la provocation, Garth Ennis prend ici tout le monde à contre-pied. La Guerre est probablement l’un de ses récits les plus sobres, les plus cruels et les plus humains. Il ne cherche jamais à divertir ou à impressionner : il montre l’horreur dans ce qu’elle a de plus banal, de plus absurde et de plus dévastateur.
Le dessin de Becky Cloonan, récompensée par quatre prix Eisner, sublime ce parti pris. Son trait, d’une grande sensibilité, refuse tout spectaculaire et renforce magistralement le caractère glaçant du récit. Chaque regard, chaque silence, chaque case semble peser d’un poids insoutenable.Cette œuvre dérange profondément. Elle met le lecteur face à la violence, à la peur et à la déshumanisation sans jamais lui offrir le moindre répit. Il n’y a ni héros triomphants, ni échappatoire, seulement une succession de scènes qui frappent avec une force rare.
La Guerre est un véritable choc. Une claque en pleine figure. Une lecture dont on ne ressort pas indemne. Il faut d’ailleurs prévenir les futurs lecteurs : cet ouvrage n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Son propos est d’une noirceur absolue et son impact émotionnel peut être considérable.Il existe des comics que l’on apprécie. D’autres que l’on admire. Et puis il y a ceux qui vous marquent au fer rouge. La Guerre appartient sans hésitation à cette dernière catégorie.