L’autrice nous offre une oeuvre hybride entre poésie, roman graphique et illustration pure. Dans cette univers, au sein de cette maison qui bientôt sera détruite, trois personnages partagent leur intimité, leurs questionnements et leurs fragilités.
Les personnages, déphasé·es, choisissent de vivre ensemble et cherchent un refuge dans cette maison dont il faut prendre soin. Décor unique de l’histoire, elle devient un personnage à part entière, un corps qui comme elleux, est en déclin, sur le point d’être détruit. Le surréalisme transforme les corps des personnages en murs qu’iels construisent, explorent, protègent, mélangent.
Le choix d’un dessin naïf et simplifié, où les hachures fines et noires dessinent les motifs, s’accorde parfaitement avec la palette pastel et donne une tonalité douce et parfois onirique à l’ensemble. Le décor est épuré, sans être dénué d’émotions, seules quelques pièces de la maison sont esquissées. La plupart du temps c’est avec le fond blanc de la page que se crée la composition, sous forme de chorégraphie.
Au cœur de l’œuvre se trouve la question fondamentale de l'inaccessible : comment accéder à ce qui semble bloqué, interdit, enfoui trop profondément ? Comme dans la très belle scène de robe qui ne s’enlève jamais.
Tout est un jeu de métaphores où l’absurdité de certaines scènes parait plus réelle que la réalité, permettant ainsi de transmettre l’indicible.
À travers une esthétique minimaliste, mais d’une grande profondeur émotionnelle, l’autrice parvient à capter l’essence de ce qui est caché en nous, de ce qui est à la fois inaccessible et terriblement humain.
Une poésie à fleur de peau, inattendue. Le sourire aux lèvres, j’ai été cueillie et j’ai conclue cette lecture, touchée.