Après un premier tome introductif qui nous mettait en scène la Mondaine avec ses personnages, ses rapports paradoxaux avec les prostitués et ses divers dérives, le second tome jette la police des mœurs en pleine occupation allemande et forcement le regard n'est pas tendre.
Entre collaborations et autres dénonciations, si Zidrou n'est jamais expéditif dans son jugement, il n'empêche qu'il nous montre le rôle peu glorieux qu'a pu jouer les autorités française dans un plus grands massacres de l'Histoire.
Certes tout n'est pas noir ou blanc et il ne commet pas l'erreurs de juger des gens dont il n'a pas vécu l'époque.
Comme le dit si bien Louzeau de lui-même au début du récit : "Je suis du côté des gentils méchants."
Aimé Louzeau, d'ailleurs, est le centre de cette histoire.
Celui sur qui Zidrou se penche pour analyser sa psyché, ses amours contrariés , ses relations familiales ( la vision de sa mère et le rôle qu'elle joue auprès de son mari est typique des thématiques chères au scénariste même si , ici, elle n'est qu'un élément du tout ) et son obsession pour une femme qu'il ne peut pas avoir.
On remarquera que l'auteur ne cherche pas à rendre sympathique ce personnage mais juste humain avec ses cassures et ses erreurs.
Touchant quand il se voit refuser par son premier amour, enfoiré quand il se retrouve à se venger d'elle de la pire des manières.
C'est un homme qui ne vit que pour lui même. Prêt à épouser celle qui l'aime pour ne pas finir seule et tout aussi prêt à la laisser tomber quand il touche du doigt celle qu'il aime vraiment.
D'ailleurs, son véritable amour, cette obsession pour cette femme qu'il n'a croisé qu'une fois le rend un peu pathétique et si le final se veut romantique voire poétique , j'avoue ne pas avoir été plus touché que ça par sa destinée finale.
Graphiquement, Jordi Lafebre avait déjà exécuté un sublime travail sur le premier volume mais ici, il est encore meilleur.
Je ne saurai dire d'où ça vient mais je le trouve même un cran au dessus comme si cet album lui avait fait passer un cap salvateur.
Lui qui faisait déjà parti du haut du panier des illustrateurs, il démontre qu'on peut toujours et encore aller plus loin.
La Mondaine est un diptyque dans la pure tradition de Zidrou.
Ceux qui aiment son écriture ne seront pas déçu et ils retrouveront cet attachement tout particulier pour la nature humaine.
C'est aussi un témoignage discret d'une des périodes noires de l'histoire française, une période que la France a longtemps préférée ignorer alors qu'il vaut mieux assumer ses erreurs, les accepter pour ne plus jamais les commettre.