Après un premier volet intéressant quoiqu'un poil indigeste ce deuxième album se révèle plus lisible tout en conservant un récit dense et solidement construit. Malgré un certain côté "bavard" que l'on retrouve dans plusieurs cases façon "Blake and Mortimer", la narration gagne en clarté et en efficacité, permettant au lecteur de mieux saisir les enjeux et les ramifications de l’enquête malgré la complexité de l'intrigue. L’album poursuit surtout une exploration passionnante d’une Allemagne en pleine bascule vers le nazisme à travers une galerie d’acteurs et d’événements historiques particulièrement bien documentés. Cette rigueur rend le récit extrêmement immersif et renforce la crédibilité de l’ensemble, donnant une réelle épaisseur au contexte politique et social qui en devient pratiquement un personnage à part entière. Le dessin, simple sans être simpliste, se révèle très efficace, magnifié par un travail sur les couleurs toujours pertinent qui accompagne avec justesse les ambiances et les espaces traversés. L’ensemble visuel participe pleinement à l’immersion et à la cohérence de l’univers, des salons bourgeois surchargés aux salles d'interrogatoires particulièrement austères en passant par les maisons closes ou châteaux de Bavière.
Deux réserves viennent toutefois nuancer mon enthousiasme, la première concerne le personnage de Bernie Gunther doté de toutes les qualités, comme peuvent l'être James Bond ou Largo Winch, il tend à résoudre les situations avec une facilité qui affaiblit parfois la tension dramatique. Cette accumulation de compétences finit par lasser, d’autant plus qu’il porte presque seul le récit, au détriment d’une dynamique plus collective... La seconde, plus pénible encore, touche au ton employé, parfois excessivement vulgaire, sexiste ou homophobe. Ces éléments parsèment le récit de manière inégale et semblent parfois en décalage avec le reste de l’album comme si l’on cherchait à injecter artificiellement de la rugosité et/ou de la radicalité dans les propos. Peut être s’agit-il d’un souci de fidélité à l’époque (années 30) ou à l’œuvre originale (années 90) toujours est-il que ce registre ne semble pas nécessaire, à tout le moins il pourrait être largement atténué, tant il confère par moments une dimension problématique voir anachronique à l’image de ce que peut aujourd’hui susciter la relecture de Tintin au Congo.
A voir comment cela évoluera sur le dernier volet de la trilogie, en espérant que celui-ci poursuive la dynamique entamée