300 pages pour aborder le dernier conflit mondial de l'Europe au Pacifique en passant par l'Asie de l'Est. Cela fait peu surtout lorsque le scénariste décide de commencer par une mise en contexte par le traité de Rapallo de 1922.
Si la BD prend son temps pour poser sa chronologie jusqu'au début-milieu du conflit, la fin semble hachée sans qu'on prenne le temps de poser l'aspect "absolu" de la guerre (pour reprendre un terme de Clausewitz). Notamment les tokkōtai qui sont évoqués mais sans plus (et ça aurait été l'occasion de démystifier les kamikaze) ou bien insister sur le côté jusqu'au-boutiste des belligérants (Hitler qui attend un retournement de situation entre les Alliés et l'URSS, mais les deux derniers ne veulent voir qu'Hitler au bout d'une corde).
Ce style de narration, où il s'agit avant tout de relater de façon chronologico-thématique, ne me convaincra sans doute jamais. Cela tend à déshumaniser tout une période. La sensation d'avoir affaire à une "galerie photo" par une utilisation abusive d'images d'archives calquées plus qu'à une tentative d'accoucher d'une BD m'a parfois fait sortir de la fluidité de la lecture. Je ne suis pas sûr d'avoir saisi la pertinence de ce choix, surtout auprès d'une audience grand public.
On peut saluer l'effort d'avoir pris en référence des ouvrages récents pour la plupart et une documentation très poussée pour le public visé. Ce qui donne une certaine fraîcheur sur le déroulement de bon nombre d'événements (juste un regret que l'Opération Bagration ne soit pas fait mention...).
À mon goût, ça manque d'un véritable parti pris et on a du mal à s'immerger dans la lecture. Seuls les préambules de chapitre et la conclusion développent cette idée. On aurait aimé les voir sur les planches.