La bande dessinée sud américaine possède son lot de géants, injustement méconnus sur nos terres éditoriales. Avec les éditions Ilatina, spécialisée dans le genre, c'est tout un monde graphique qui débarque enfin sur nos terres éditoriales. En février, ils amènent deux titans de la bande dessinée SF dans leur catalogue : Juan Carlos Gimenez, dessinateur mythique de La Caste des Metabarons, un sommet de SF, et le scénariste Barreiro Ricardo, collaborateur de longue date de Gimenez. Avant leurs faits d'armes sur la saga Etoile Noire et As de Pique, le duo avait réalisé un one shot assez atypique, La Ville, un récit à la croisée de New York 1997 et Mad Max... qui ne va jamais très loin, malheureusement.
Retrouver le trait si familier de Gimenez est certes toujours un plaisir pour les yeux, encore plus quand il décide, sous le prétexte d'une ville labyrinthique, de convoquer de multiples références de pop culture ainsi que des clins d'oeils à des récits millénaires. Dommage que ça en devienne un poil ridicule sur le dernier tiers, au point de se transformer en carnaval surréaliste.
De nombreuses rencontres jalonnent effectivement l'aventure de Jean et Karen, la plupart chargées d'une dimension métaphorique à la façon d'un conte surréaliste : d'un immense supermarché robotisé à un déluge sans fin, d'un métro qui ne s'arrête jamais à un simulacre de société utopique, La Ville est une variante façon "Métal Hurlant" de Alice au Pays des Merveilles. Chaque rencontre évoque des thématiques universelles, et transforme cette aventure en un mélange des genres, allant de la dark fantasy au post apo industriel.
Mais le propos global de l'oeuvre, ainsi que la psyché des personnages, n'arrivent jamais vraiment à nous immerger dedans, et les rencontres se révèlent tristement barbantes, malgré une volonté affichée de proposer une errance onirique.