Curieux personnage que Christian Gaudin, dont la page Wikipédia est loin de prétendre aux standards de neutralité. Éditeur mais aussi scénariste et dessinateur, il n’aura pas longtemps « glandé sa race », et a ainsi sauté de différentes maisons d’édition vers les suivantes. Au moment de L’Amour expliqué aux extra-terrestres, il venait de lancer La Sirène « après trois ans de travail de folie » au sein des Humanoïdes associés. La maison d’édition fut l’une des premières à publier l’univers des Simpson de Matt Groening en France et du génial strip sur le monde du travail Dilbert par Scott Adams (qu’il serait furieusement nécessaire de réediter chez nous, tout est pardonné, non ?).
Mais La Sirène publia aussi un grand nombre de livres et de BD humoristiques un peu faciles , qui s’achetaient par curiosité ou comme cadeau un peu facile à offrir, même si certaines sont signées par quelques jolies signatures : Riff Reb’s, Mo-CDM, Ptiluc, Joan…
Avec cette bande-dessinée, qui déclare vouloir évoquer la curieuse sexualité humaine depuis un œil extérieur, il y a évidemment un petit risque de sujet putassier. La bande-dessinée en général n’a jamais refusé un peu de fesses pour vendre quelques albums assez médiocres à l’amateur devenu pubère. « L’amour expliqué aux extra-terrestres » ne tombe pas entièrement dans la fesse obscure de ce marché, grâce à un humour délivré à grosses rasades.
La structure même du livre est amusante, avec d’abord au milieu de la page deux extra-terrestres qui vont deviser sur la sexualité humaine, sur le désir, la biologie ou sur la place de l’homme et de la femme dans leurs relations. Les informations sont sérieuses, le ton beaucoup moins, et les deux aliens ne sont pas forcément d’accords entre eux selon leurs observations ou leurs opinions. La guerre des sexes ne se limite pas à notre bonne vieille Terre, toute coïncidence serait évidemment pure coïncidence.
Et en haut et en bas, toujours dans le but d’expliquer aux visiteurs de l’espace les spécificités du désir humain, sont proposées des petites vignettes qui mettent en images différentes paraphilies ou fantasmes. La doraphilie, la hodophilie, la pygophilie et bien d’autres sont ainsi succinctement présentées et surtout illustrées de manière humoristique.
Cela pourrait être un peu plat, voire embarrassant, mais il faut reconnaître à Gaudin un humour plus ridicule que coquin, qui s’amuse à caricaturer les différents fantasmes présentés avec un certain sens de l’absurde voir bien noir (la nécrophilie, outch). Tout n’est pas du même tonneau, bien évidemment, mais les meilleurs exemples compensent ceux à l’inspiration molle.
On retrouve d’ailleurs une grande variété dans les situations, dont Gaudin arrive à ne jamais répéter le même schéma. En ouvrant l’album, on ne peut que constater une grande liberté dans les compositions de la page, bien loin du gaufrier traditionnel. Et avec son petit trait à la fois simple, caricatural sans aller dans l’excès, le dessinateur offre une bande dessinée humoristique aux visuels amusants et réussis pour leur mission, nous faire rire des folies sexuelles de nous autres, bipèdes.
On notera tout de même que la sexualité ici présente reste hétérosexuelle, « so 1999 », la seule mention à l’homosexualité étant dans une illustration sur un fantasme et pas du meilleur goût. Mais puisqu’on ne commence pas cet album pour ses vertus pédagogiques (même si la diversité des paraphilies existantes est bonne à découvrir), inutile de s’en offusquer.
L’album n’est pas à mettre dans tous les mains, pas à cause de la sexualité présentée mais bien à cause de sa réinterprétation par un artiste bien taquin. La couverture l’annonce, « réservé à un lectorat adulte ! » ajoutant « et responsable. »