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Presque un huis clos rural dans ce récit de Christian de Metter et Laurent Lacoste : un modeste village français, dans une région que l’on devine pas très attrayante, bien qu’elle ne soit pas montrée. La petite église de la planche 2 pourrait, à la rigueur, nous renvoyer au Limousin ou aux Charentes intérieures. Et la pauvreté rustique de son décor intérieur (planche 36) confirme cette intuition. Et la traction avant Citroën de la planche 10 renforce l’impression d’un entre-deux-guerres somnolent et encore bien rural. Pour nous achever au niveau vieillot et renfermé, on peut se laisser déprimer par la tapisserie de l’appartement du Docteur (planche 12).

Peu de personnages vraiment mis en scène, mais bien typés, un peu trop, à mon avis : un jeune curé, réputé intelligent et à l’écoute des autres, faisant bien son boulot (catéchisme, offices, confessions...) devant un auditoire modeste ; de l’autre, le vieux Docteur Jarowski, médecin de famille très compétent, mais complètement obsédé par son horreur de la religion et son anticléricalisme forcené. Question idéologie, on se croirait sous le petit père Combes : le même sens des nuances. Pour un peu, ça me rappellerait Yves Paccalet, les jours où il est d’humeur guillerette. Et pas question d’y voir un écho de Don Camillo et Peppone : il n’y a rien de drôle là-dedans.

Sauf que, contrairement à la bonne vieille tradition franchouillarde consistant à vomir sur la religion au nom d’un optimisme des Lumières très très humaniste, le Docteur ne croit pas en la bonté de l’homme, mais alors là pas du tout (planche 11), et ceci est évidemment un indice qui devrait mettre la puce à l’oreille du lecteur.

Les sarcasmes antireligieux du bon Docteur défilent, jusqu’à ce qu’il se croie à l’agonie, et que, là, surprise ! il demande l’assistance du jeune curé. Qui va faire son boulot, bien sûr ; à commencer par entendre en confession le bon Docteur. Et là, le moribond ne lui parle pas que de pilules surdosées ou de certificats de complaisance qui auraient pu lester à l’excès son âme au moment de faire les comptes ultimes...

Christian de Metter travaille à nouveau en couleurs directes, apposées par plaques juxtaposées, insolentes de crudité et d’irréalisme, mais convoquant des moments de grâce dans lesquels ces empâtements de couleurs restituent aux visages une réalité quasi photographique qui confond. On en comprendra la substance en contemplant le visage blanc-verdâtre, quasi cadavérique, du curé planche 3, virant à la simple esquisse au nez rosi planche 4. Les frottis verticaux sur les maisons, planche 9, relèvent évidemment d’un dessein de conférer un caractère flou et inachevé aux décors, tandis que ceux-ci sont souvent éliminés et remplacés par de simples coups de pinceaux sommaires et tordus, ayant simplement fonction de détourage chromatique (planches 9, 21, 42, 45). Et que dire des portraits du Docteur, bien campé en haut de la planche 12, mais subitement enduit, dans les deux portraits suivants, d’un bariolage vineux qui lui donne l’air d’avoir contracté une couperose fulgurante ? Christian de Metter reste magistral dans le rendu des fumées de tabagie (planche 15). Beau paysage, quelque peu impressionniste, planche 37.

La fin de ce premier volume apporte des imprévus, qui font monter la tension, en attente de la suite...
khorsabad
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le 19 avr. 2014

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khorsabad

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