Les Gaulois n'ont peur que d'une chose, c'est que le ciel leur tombe sur la tête, et au début de cet album, ils croyaient que ce jour était arrivé. L'album démarre de belle façon avec une image sombre d'orage effroyable qui s'abat sur le petit village armoricain que nous connaissons bien. Ici encore, pas de voyage lointain pour nos amis, tout se passe alternativement entre le village et le camp romain de Petibonum. Goscinny aborde le sujet de la superstition qui était fréquente chez les peuples anciens, que ce soit Gaulois, Germains, Egyptiens et même Romains puisque dans la parenthèse ouverte sur les augures, oracles et autres haruspices, on nous dit que c'étaient surtout des charlatans qui profitaient de la crédulité des gens, même César consultait les oracles, il y avait la fameuse sibylle de Cumes, et en Grèce, l'oracle de Delphes. Dans cette parenthèse, Uderzo y dessine aussi sa propre maison de campagne.

Astérix est de nouveau isolé, comme dans La Zizanie, car il doit affronter tout le village qui gobe les bobards du devin Prolix, il se retrouve seul face à la crédulité de ses amis, car il est le seul à comprendre ce qui se passe et à éventer rapidement les coups de Prolix, ce faux devin qui vit de la naïveté de certains villages. Bonemine a ici un rôle plus important, elle dirige certaines opérations dictées par l'espoir des prédictions de Prolix.

Uderzo contribue au suspense de toute la scène d'ouverture par l'apparition en ombre sur le pas de porte du devin pages 6 et 7, l'image de la page 7 sert même à la couverture de l'album. Le personnage est d'emblée glaçant et prétentieux, d'où la méfiance innée d'Astérix ; il a compris que Prolix était malin et qu'il lui suffisait d'un peu d'observation pour deviner la nature de nos Gaulois. Dans cette scène, Goscinny et Uderzo dilatent l'angoisse avec de la fantaisie, illustrée par des gags et des dialogues (celui de Bonemine avec Agecanonix page 7) et celui d'Obélix (Personne ne nous a jamais lus et personne ne nous lira), une phrase drôle par son double sens. Uderzo réussit encore une belle image page 37, où tous les Gaulois posent comme pour une photo.

Du côté des Romains, Goscinny offre un beau portrait de centurion grotesque avec Faipalgugus dont la silhouette accentue ce caractère, de même que la caricature de militaire crétin avec l'optione analphabète est également savoureuse. Et d'autres situations très drôles, comme celle chez cochonnet. Et le retour de Panoramix de sa réunion des druides de la forêt des Carnutes permet d'achever le processus enclenché par Astérix pour discréditer Prolix, de même que le centurion est tellement bête et borné qu'il croit vraiment que c'est un vrai devin gaulois aux pouvoirs magiques.

Cet album fonctionne bien, les différents actes sont bien structurés (le devin qui s'empiffre dans la forêt aux frais des Gaulois, les Romains qui arrivent dans le village, l'arrivée tardive de Panoramix, la fausse odeur pestilentielle, l'irruption des Gaulois dans le camp de Petibonum pour foutre une dérouillée aux Romains...), les personnages sont bien en place, jusqu'à la colère finale de Taranis, on aurait aimé savoir peut-être ce qu'allait devenir Prolix, bah qu'importe. A noter que c'est la première fois que les femmes du village boivent de la potion magique et qu'elles participent à l'attaque d'un camp romain. C'est donc un bon album, je m'en souviens encore en 1972 quand mon père a débarqué à la maison avec ce tout nouvel opus, je me suis rué dessus et l'ai lu d'un trait ; depuis, ce n'est pas un de mes albums préférés, mais il garde une excellence (prépublié dans le Journal Pilote de mai à septembre 1972).

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il y a 5 jours

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