Loin de ses poétiques contemplations de corps féminins adorés, Bastien Vivès revient cette fois-ci à un loisir d'enfance, que beaucoup désormais ont connu : le jeu vidéo.
Combiner le talent d'un auteur de BD déjà émérite et sa passion pour un loisir trop souvent mal représenté ne pouvait aboutir qu'à un cocktail délicieux. Le résultat n'est autre qu'une séries de longues fresques immobiles de situations rappelant forcément des souvenirs de jeunesse, campé sur notre console. En effet, cette fois-ci, Vivès fait le choix de conserver une même image pour une même histoire, avec quelques variations lorsque celles-ci se font nécessaires, métaphore évidente de la passivité du joueur face à la machine, tandis qu'un tumulte de mots, de voix, de paroles lancées à tort et à travers font joute au-dessus de la tête des joueurs, que ce soit dans une salle d'arcade sur ce bon vieux Street Fighter ou campé devant une télé, dans le noir, devant Resident Evil (et sans solution hein).
La justesse du propos de Vivès est bien souvent étonnante. On est loin des gros clichés baveux sur Mario, Tétris et Pacman, fait pour parler au grand public. Ici, on parle aux connaisseurs. Ainsi, on ne s'étonnera pas d'avoir un dialecte spécialisé, et je dois avouer avec honte qu'en tant que newbie dans le domaine, je n'ai moi-même pas compris tout le vocabulaire relatifs aux jeux de combats. Mais tandis qu'on est touché de voir une BD enfin pour nous, je blâmerai Vivès d'avoir fait une bande-dessinée trop personnelle, trop centrée sur son expérience, ainsi, apprêtez-vous à bouffer du Street Fighter et de longues discussions sur des joysticks pour jouer au jeu susdit. Mais en même temps, cela sert son propos et renforce cette immersion chaleureuse, alors à quoi bon.
C'est donc bel et bien une BD réservée aux gamers purs et durs que nous avons là, et je dois avouer que ça fait plaisir d'avoir enfin un bon matériel qui capture bien toute cette nostalgie relative aux jeux vidéo. À mille lieues de l'ignoble "Les Geeks" par exemple, et, notez d'ailleurs que je n'ai pas souvenir d'avoir vu ce terme une seule fois...