Avec Le Serpent et le Coyote, le duo Matz et Xavier prolonge son travail sur Tango. Si certaines scènes se déroulent à New York, le titre fait la part belle aux grands espaces américains. On retrouve l'immense qualité du travail de Philippe Xavier sur les vastes étendues désertiques de l'ouest américain qui entraînent le lecteur dans un récit aux confins du western, du road-movie et du polar. Le trait est incroyable, les couleurs magnifiques et l'on plonge aussitôt dans une atmosphère particulièrement soignée. Si l'histoire aurait pu être plus passionnante, elle permet de s'immerger dans les coulisses du programme de protection des témoins au moment de sa création en 1970. Amateurs de la culture ricaine des années 1960 à 1980, Matz et Xavier s'en donnent à coeur joie en multipliant les clins d'oeil au cinéma. La Ford Mustang vert bouteille de Steve McQueen dans Bullitt (qui traitait de la protection d'un témoin), le cadre restitué sur certaines planches d'Il était une fois en Amérique, les thématiques des Affranchis, c'est peu dire que le résultat est ultra référencé.
Comme souvent avec Matz, on aurait aimé des personnages plus fouillés qui ne se contentent pas d'être justement des archétypes des récits américains. Le vieux beau dur-à-cuir, la jolie black sexy, le marshall pas franc du collier, les antipathiques agents du FBI ou encore les politiciens calculateurs forment ainsi une galerie dense des personnages attendus dans ce type d'intrigues. Mais là où Jean Van-Hamme jouait sur les stéréotypes dans XIII, Matz semble les sortir de sa manche comme s'il voulait simplement faire "couleur locale". C'est dommage car les bons ingrédients sont réunis pour réaliser un ensemble plus abouti mais ils sont parfois mal exploités.
Il ne faut cependant pas bouder son plaisir, loin de là, car on tient ici un one-shot de qualité, porté par une ambiance vraiment réussie qui rappelle le meilleur du cinéma américain des années 70. À l'image de sa superbe couverture, les 140 pages donnent à voir de splendides planches, parfois totalement consacrées au seul dessin comme souvent avec Philippe Xavier. C'est dépaysant au possible, furieusement old-school, badass à l'occasion, remarquablement cinématographique, beau comme un hommage réussi à une certaine Amérique. Un peu plus d'action n'aurait peut-être pas été de refus mais le voyage en camping-car vaut sérieusement le détour.