Tout le monde sait que Les Dents de la mer fut le premier blockbuster global, positionnant Spielberg comme l’un des grands cinéastes de son temps, qui combinait un savoir-faire redoutable dans la construction de films immensément populaires avec une grande intégrité artistique. Mais peu de gens savent que le tournage du film fut une catastrophe du début à la fin, ce qui rend d’ailleurs son résultat encore plus étonnant. C’est cette épopée tragi-comique, où un jeune réalisateur de 26 ans dût passer littéralement par des épreuves « infernales » pour que son film existe (et pour que lui-même « survive » comme réalisateur à Hollywood…), que nous raconte Mahdi Grand dans son Les Dents de l’enfer.

En moins de deux cent pages palpitantes, les Dents de l’enfer nous fait vivre, quasiment au jour le jour, la réalité du tournage du film dans une petite ville balnéaire choisie pour sa tranquillité – tout au moins jusqu’à ce que les touristes débarquent et interfèrent avec le travail de l’équipe, du fait du retard conséquent pris par rapport au planning. Entre un scénario qui ne fonctionnait pas, et que Spielberg réécrivait chaque jour pour que les scènes de la journée puissent être tournées, et l’accumulation de problèmes techniques avec les requins « mécaniques » conçus par un brillant artisan qui avait malheureusement sous-estimé l’impact de l’eau de mer sur ses appareils, il aura fallu plus de cinq mois pour que des images puissent finalement être livrées au montage. Soit plus du double que prévu au budget, ce qui entraîna une intense frustration des acteurs comme des techniciens, et, évidemment, une quasi panique chez les cadres d’Universal, toujours à deux doigts de mettre un terme à cette « aventure » catastrophique…

Si le livre de Grand fonctionne aussi bien, ce n’est pas seulement parce que l’histoire qu’il raconte, bien que vraie, semble démente. C’est aussi que l’auteur est non seulement un bon dessinateur réaliste (même s’il a des difficultés à reproduite exactement les visages de « personnes réelles » et bien connues comme Spielberg, Scheider, Dreyfuss, etc.), mais également un passionné de cinéma. Sa biographie nous informe qu’il a travaillé avec Bruno Dumont, Noémie Lvovsky, Roschdy Zem et Xavier Giannoli, et sa culture cinématographique lui permet de « se mettre à la place » d’un jeune metteur en scène inexpérimenté comme l’était alors Spielberg (qui n’avait qu’un seul long métrage de cinéma à son actif), tout en offrant une perspective humoristique à son récit en faisant intervenir Hitchcock comme commentateur imaginaire des événements. Un autre ajout « malin » à la réalité des faits est le fait de coucher Spielberg, quelques années plus tard, sur le divan d’un psychanalyste, lui permettant ainsi d’ajouter sa propre « voix off » aux images de la BD.

Et même si tout le monde sait que l’histoire finira bien, le film achevé dépassant les attentes artistiques et commerciales de tous, il est impossible de ne pas vibrer et souffrir avec le jeune Steven, embarqué de son plein gré dans un projet littéralement impossible.

Un livre que devrait lire tout jeune aspirant aux métiers de l’industrie cinématographique. Car il vaut mieux être prêt à tout !

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/09/27/les-dents-de-lenfer-apocalypse-before/

Eric-Jubilado
8
Écrit par

Créée

le 6 oct. 2026

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