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le 25 sept. 2015
Le succès de Cyril Pedrosa reste pour moi un mystère. Si « Trois ombres » était intéressant, le reste de sa production m’a toujours laissé indifférent. L’apologie qui est faite de son travail par les critiques me laisse perplexe. Heureusement, il me reste les bibliothèques pour continuer à chercher en quoi ses œuvres touchent autant leur public. « Les équinoxes » est un pavé de 300 pages qui fait suite à la parution de « Portugal » et entend bien emprunter le même chemin.
Si « Portugal » avait une portée autobiographique, « Les équinoxes » est une bande dessinée chorale sur une galerie de personnages divers et variés. Un père divorcé, une photographe, un vieux syndicaliste… L’idée est de leur dresser le portrait. Tous sont plus ou moins mal dans leur vie et trimballent leurs casseroles. L’ouvrage est vaguement dépressif et se veut avant tout plein de sensibilité.
Cyril Pedrosa nous propose un film d’auteur français version BD, dans le mauvais sens du terme. Il n’y a presque aucun enjeu scénaristique, mais beaucoup d’ambition. Cette dernière, on ne peut pas la retirer à l’auteur. Il semblerait qu’il ait passé énormément de temps à concevoir le principe de l’ouvrage, plus que l’intérêt de ce que l’on va lire. Le tout est ainsi construit en quatre parties comme autant de saisons. Au début de chaque saison, une scène avec un enfant préhistorique. Puis on suit des personnages qui discutent de pas grand-chose (parfois de la vie, parfois du passé…). Puis la photographe prend quelqu’un en photo. S’ensuit une planche faite de cases carrées accompagné de texte. Puis une page (ou plus) de texte, façon roman. Cette construction systématique, outre qu’elle casse le rythme, lasse vite.
« Les équinoxes » a tout de l’œuvre trop intellectualisée. Si les idées sont louables, elles n’ont pas grand intérêt et empêchent de s’impliquer réellement dans l’ouvrage. Ce qui marque est le vide abyssal d’enjeu de cet ouvrage. Suivre l’histoire de gens que l’on ne connaît pas, apprendre finalement très peu d’eux et ne les voir rien devenir de particulier, quel ennui ! « Portugal » m’avait déjà ennuyé par ce sentiment de « il ne se passe rien, mais que d’émotion retenue ». Là, c’est pareil. Alors évidemment, parfois, une scène nous touche un peu au milieu d’un océan de pages vides de toute intérêt.
Graphiquement, l’ambition de Pedrosa est bien là. Il change plusieurs fois de styles, prend des risques au niveau des couleurs… Forcément, c’est plus ou moins réussi. Les adeptes de son style seront séduits. Sur ce plan, on ne peut pas lui reprocher grand-chose.
« Les équinoxes » m’a ennuyé profondément. Avec des personnages peu touchants tant ils manquent d’enjeux, l’ouvrage ne décolle jamais et ne nous amène nulle part. Même la découverte de la grotte, censée clore le chapitre d’introduction des parties, sonne creux. Beaucoup d’ambition pour pas grand-chose. Raconter les gens, c’est bien. Avec une histoire, c’est mieux.
Créée
le 3 juin 2018
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