Une belle lecture sur la curiosité culturelle avec ce qu'il faut de dérision sur l'ignorance de chacun, sans tomber dans la condescendance.
Un auteur de bande dessinée s'initie à la création du vin tandis que son ami vigneron découvre l'univers des BD, en s'endormant devant Watchmen et en ayant du mal à croire que Moebius est un auteur majeur de ce milieu. Il y a une belle alternance de points de vue, de personnages et de sujets traités au fil des chapitres qui s'apparentent à un Tour de France du bon vin et des belles histoires par l'image; c'est à la fois instructif sur le travail des vignerons (dont on n'imagine pas forcément toutes les étapes et les connaissances nécessaires pour se faire un nom dans ce milieu très concurrentiel) et cela donne envie aussi de lire un paquet de bandes dessinées avec l'intervention d'auteurs illustres, surtout choisis car ils ont su toucher le cœur du néophyte (les BD historiques et documentaires sont ainsi à l'honneur). Les deux amis forment d'ailleurs un excellent tandem, au point où on les appréhende comme des personnages à part entière, en oubliant qu'il s'agit bien de personnes réelles à l'origine ; le fait de garder l'histoire personnelle de Richard pour le dénouement du récit est d'ailleurs une excellente idée, en laissant ainsi la curiosité du lecteur agir durant la lecture et en accentuant ce "personnage" comme un intermédiaire avec la propre ignorance du public sur les coulisses de la bande dessinée.
Mon seul écueil est assez subjectif mais il m'a néanmoins posé problème assez tôt durant ma lecture : j'ai eu le sentiment que le récit s'évertuait à ignorer certains sujets qui fâchent et notamment les galères rencontrées par de nombreux aspirants vignerons ou auteurs malheureux en bande dessinée. Bien sûr, ce ne sont pas non plus des super-stars du type Uderzo ou Van Hamme interrogées dans le cadre de l'album mais on reste dans une fourchette de gens qui ont réussi raisonnablement dans leurs milieux respectifs. Une page aborde d'ailleurs directement cette problématique avec une réplique du genre "Tu ne lui montres que le côté positif de la bande dessinée à ton pote ; il va croire qu'on vit au pays des Bisounours." Et au moment où je croyais que le chapitre suivant allait justement être l'occasion d'aborder cette question épineuse, le récit passe directement à autre chose en évitant ainsi de répondre plus amplement à la question.
Je ne sais pas si c'était du coup un choix conscient de l'auteur pour rester dans une tonalité assez joyeuse et légère ou le côté un peu déconnecté que certains créateurs véhiculent parfois, en s'habituant à la renommée. Mais il est également possible que le tome traduise une certaine désinvolture qui s'est sacrément perdue en l'espace de quinze ans avec toutes les galères accumulées, ces dernières années (même si la crise de 2008 était déjà passée par là).
Rien qui n'empêche néanmoins cette lecture d'être très intéressante et largement abordable pour les néophytes ; une belle idée de cadeau pour ceux qui, justement, ne s'y connaissent pas trop en bande-dessinées.