Des intrigues de palais, une tentative d’empoisonnement, des courtisanes un peu trop sûres de leurs charmes et … des lancers d’enfant troll depuis le haut des remparts pour s’amuser.


Depuis la découverte en 2001 du duché de Vaucanson dans l’album Le volcan des Vaucanson (DC102), puis plus encore depuis son aperçu en pleine période Donjon Zénith dans Retour en fanfare (DZ6), on se demandait comment Herbert – futur Grand Khân – avait pu récupérer son duché d’où il avait été banni dans sa jeunesse, pour en faire une place forte de la Géhenne à l’époque Donjon Crépuscule. Une question à laquelle vient ENFIN répondre Les méandres du pouvoir, qui nous dévoile les dessous de la reconquête du duché de Vaucanson par son héritier légitime, ce qui fait que l’album se place d’emblée parmi les opus les plus essentiels de la série en termes de background. On aurait pu penser que ces événements seraient traités de manière grandiloquente, avec comme d’habitude moult bagarres spectaculaires et scènes épiques mais, avec leur goût pour la controverse qu’on leur connaît, Sfar et Trondheim ont décidé au contraire de passer sous silence l’aspect militaire de cette reconquête pour se concentrer sur la manière dont Herbert exerce le pouvoir une fois remonté sur le trône. Evidemment, notre canard éternellement optimiste et gaffeur va s’y prendre comme un manche et va déclencher sans le vouloir une sacrée pagaille au sein de son duché. Entre familles de nobles toujours prêtes à comploter contre leur suzerain, courtisanes usant de leurs charmes et entourage d’Herbert peu fiable, notre canard n’a pas fini de galérer pour diriger son duché, pour notre plus grand plaisir puisque cela nous vaudra quelques scènes particulièrement drôles ! En filigrane, voir Herbert s’amuser à jouer à l’apprenti dictateur en prenant tout un tas de décisions idiotes et anti-démocratiques préfigure déjà un peu le Grand Khân qu’il sera à Donjon Crépuscule, même si bien sûr il en est encore loin (et que ses réactions vis-à-vis du pouvoir dans cet album sont avant tout très drôles).


En parallèle de ces scènes centrées sur l’exercice du pouvoir, Trondheim et Sfar s’amusent à nous montrer comment le quotidien de la vie de couple – et plus largement les relations familiales – peuvent générer des tensions et déstabiliser n’importe quel individu, tout héros qu’il soit. J’avoue que voir Pirzuine et Isis reprocher à leurs hommes de se barrer volontairement du foyer conjugal en prétextant une quelconque mission tout ça pour ne pas avoir à se taper les corvées du quotidien m’a bien fait rire ! De même que montrer comment la belle-doche manœuvre pour foutre le boxon entre son fils et sa belle-fille et l’hypocrisie des liens les unissant crée un décalage bien marrant dans un univers d’Héroïc Fantasy. Ajoutez à cela les blagues bien drôles avec le jeune Elyacin, dont la nature troll le rend quasi indestructible et qui peut donc se manger moult gamelles incroyables sans en subir les conséquences, et vous obtenez une nouvelle fois un Donjon Zénith très efficace en termes d’humour.


Une fois n’est pas coutume, Sfar et Trondheim établissent assez peu de connections avec d’anciens épisodes, ce qui en soi n’est pas très important, tant cet album se montre malgré tout plaisant à lire. Les méandres du pouvoir se situe en effet dans la parfaite continuité des Donjon Zénith précédents et peut presque se lire sans rien connaître des autres branches du Donjon. Le fait d’assister néanmoins à l’enfance d’Elyacin et de Baal (qui auront chacun un rôle très important dans Donjon Crépuscule) vaut son pesant de cacahuète, de même que l’apparition du fennec aventurier dans les couloirs du Donjon vers la fin de l’épisode est un joli clin d’œil autant à Un mariage à part (DZ5) qu’à Boulet lui-même, puisque le dessinateur avait en 2006 pris l’initiative d’inventer un background à ce personnage (très) secondaire (qui était à l’origine du meilleur running gag de cet opus) pour expliquer sa présence dans le Donjon (lien ici : https://www.bouletcorp.com/notes/2006/06/19).


Boulet, justement, répond une nouvelle fois présent en illustrant joliment cet album. Son trait, d’apparence classique, est en réalité moins conventionnel qu’il n’y paraît. Ayant perdu le côté un peu académique de ses débuts (très nettement visible par exemple dans Un mariage à part, DZ5), le trait de l’artiste se fait un peu plus lâche et plus respirant dans cet album, pour un résultat fort agréable. Cases en grand format, personnages expressifs à souhait, décors variés et bien travaillés, angles de vue multiples … Boulet nous en met plein la vue et la lecture est un véritable régal ! Drôle, prenant et surprenant, Les méandres du pouvoir est ainsi au final une jolie surprise et s’inscrit naturellement dans la catégorie des très bons Donjon.


_minot_
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le 31 janv. 2026

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