Au troisième tome de ces Nouvelles Aventures de Petit Vampire, le principe de cette nouvelle série semble acté : le même dessinateur, Sess, est chargé de chaque nouveau tome, mais c’est un(e) scénariste différent(e) qui s’y colle, avec ce qui ressemble à un cahier des charges précis : rester fidèle à l’univers et aux personnages créés par Sfar, mais ne s’interdire aucune audace. Et si les deux premiers tomes réjouissaient le lecteur grâce à des transgressions originales mais assez « douces », les choses changent avec ce (bien nommé) L’Abominable Peter Pan.

Car Agnès Mathieu-Daudé, qui scénarise ce troisième tome, n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit, non pas de rire de l’univers de J.M. Barrie (surtout mis à la sauce Disney), mais bel et bien de le déconstruire en en inversant systématiquement les postulats de base. ici, Peter Pan est un affreux – quasi monstrueux – enfant qui refuse de grandir et kidnappe les mères des autres. Le capitaine Crochet est lui une pure et simple victime des manigances perverses de Peter Pan, et est bien à plaindre. Quant à Wendy, ce n’est pas sans une certaine perversité qu’elle joue un rôle de femme au foyer qui n’est pas de son âge… etc.

Alors que Petit Vampire, sa maman et ses copains entrent en conflit avec l’univers « toxique » qu’est visiblement Neverland, chaque page offre au lecteur adulte une surprise ou une bonne raison de réfléchir, ce qui s’avère pour le moins stimulant. Pour les plus jeunes lecteurs, il y a fort à parier qu’ils seront désemparés devant le détournement des clichés auxquels ils sont habitués (les petites fées qui sont clairement délicieuses à croquer…), par la remise en question audacieuse de ce que signifie être parent ou enfant, mais également devant un récit qui est tout sauf fluide et souriant.

La mise en couleur reste lumineuse et assez basique, avec sans doute l’intention de pondérer la violence émotionnelle de certains passages, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’un récit aussi complexe et sombre aurait bénéficié d’un traitement moins primaire des couleurs.

Bref, sur ce troisième tome, on oscillera entre admiration pour l’approche adoptée et une légère déception quant au rendu final, L’Abominable Peter Pan s’avérant moins agréable à lire que ses deux prédécesseurs. On suivra avec intérêt l’évolution paradoxale de cette série « pour enfants », mais décidément pas comme les autres…

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/01/25/les-nouvelles-aventures-de-petit-vampire-t3-a-lassaut-de-neverland/

Eric-Jubilado
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 5 févr. 2026

Critique lue 5 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 5 fois

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6841 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6841 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6841 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020