Quelle ne fut pas ma surprise en refermant Les Ombres de découvrir que le livre avait été publié en 2013. J’étais persuadé qu’il était bien plus récent, tant l’histoire racontée reste malheureusement très actuelle et universelle.
Mais les surprises avaient commencé dès le début du récit. Sous des airs de conte, je pensais suivre l’histoire d’un frère et de sa jeune sœur, contraints à l’exil et en route vers "l'Autre pays" où ils pourraient recommencer une nouvelle vie. En réalité, ce n’est pas un conte, mais un récit flou, symbolique, déstabilisant, sur l'immigration (notamment clandestine). On ressent ainsi surtout la peur, la fatigue, la violence et la solitude, qui animent tour à tour (ou continuellement) les protagonistes. Une odyssée qui reflète le parcours brutal de millions de réfugiés.
Le dessin d’Hippolyte joue énormément sur les ombres, les contrastes et les silhouettes. J’ai beaucoup aimé ce style, notamment l’utilisation des masques comme visages des personnages ; on peut aisément penser aux Sans-Visage du Voyage de Chihiro. Malgré cela, ces mêmes personnages restent très expressifs, notamment par leurs postures. Personnages et décors transmettent d'ailleurs beaucoup d’émotions, sans avoir besoin de longs dialogues.
En revanche, j’ai un petit bémol concernant l’un des personnages secondaires, présenté comme sympathique, mais qui passe en réalité son temps à courtiser une petite fille. J’ai trouvé cela inutile, dérangeant et franchement incompréhensible.