Geoffroy est un enfant solitaire qui habite avec ses parents en bordure de la forêt de Bord-Louviers, en Normandie. Son enfance est marquée par un épisode traumatisant vécu lors d’une sortie scolaire à la piscine municipale. Alors qu’il a une peur bleue de l’eau, sa monitrice le pousse dans le grand bassin et il manque de se noyer. Cet épisode l’amène à s’isoler toujours davantage de ses camarades. Incapable de trouver sa place dans sa classe, il quitte finalement l’école pour de bon et poursuit désormais sa scolarité par correspondance. En passant toutes ses journées chez lui, il se sent de plus en plus attiré par la vaste forêt située de l’autre côté de la rue. Il décide donc de s’y aventurer. Lors de l’une de ses promenades nocturnes, il croise un renard roux, puis un cerf majestueux. C’est une véritable révélation! Il est comme hypnotisé par cette nature sauvage, à la fois si libre et si paisible. Au fil des années, Geoffroy développe une fascination grandissante pour la forêt, au grand dam de ses parents, qui voient leur fils s’éloigner d’eux. Il faut dire que ce ne sont pas les humains qui l’intéressent, mais les animaux sauvages. Au lieu de préparer son bac, le jeune homme consacre la moitié de son temps à observer et photographier ce qu’il voit dans la forêt, et l’autre moitié à lire des ouvrages documentaires. À vingt ans, Geoffroy décide de tout plaquer pour aller vivre définitivement dans la forêt. Lui qui est si peu sociable devient l’ami d’un jeune chevreuil, qu’il surnomme Daguet. L’animal accepte de se laisser approcher par cet être humain qui semble ne lui vouloir aucun mal. Se sentant enfin à sa place, Geoffroy en vient même à vivre parmi les chevreuils. Pendant sept ans, il les observe, les imite et apprend à se déplacer ainsi qu’à se protéger comme eux. Il découvre leurs règles, leurs jeux, leurs peurs et leurs joies. Peu à peu, il devient l’un des leurs. En observant les animaux qui l’entourent, Geoffroy découvre les astuces nécessaires pour survivre dans la forêt, s’y nourrir et y dormir. Mais survivre sept ans dans cet environnement exige des capacités physiques et mentales hors du commun, notamment pour affronter l’humidité, le froid et la faim…


Cette bande dessinée est l’adaptation d’un roman à succès vendu à plus de 100 000 exemplaires, dans lequel Geoffroy Delorme raconte son incroyable expérience de sept ans de vie sauvage. Grâce au travail remarquable du scénariste Vincent Zabus et du dessinateur Jean-Denis Pendanx, cette adaptation graphique s’avère être une formidable réussite. La grande force de cet album est de parvenir à nous immerger corps et âme dans la forêt aux côtés de Geoffroy et des animaux qu’il rencontre. On a vraiment l’impression, nous aussi, de quitter le monde humain pour vivre au milieu des arbres et renouer ce lien perdu avec le monde qui nous entoure. « L’homme-chevreuil » est une BD passionnante, car elle montre avec précision comment Geoffroy est parvenu à survivre aussi longtemps dans la forêt: en adoptant le rythme de la nature, en observant et en imitant le comportement des animaux sauvages, mais aussi en identifiant les dangers à éviter. C’est un récit lent, presque contemplatif, qui s’intéresse avant tout aux sensations ressenties par le personnage principal. Forcément, c’est aussi un livre qui nous interroge sur notre rapport à la nature et sur les dégâts, souvent irréversibles, causés à l’environnement par l’activité humaine. Bien sûr, le comportement de Geoffroy est radical et ce serait à coup sûr une mauvaise idée de vouloir l’imiter. Malgré tout, son expérience montre qu’un autre mode d’existence est possible. Tout le monde n’est pas appelé à retourner vivre à l’état sauvage, mais il est évident que nous allons devoir adapter nos comportements et nos habitudes afin de réduire les ravages causés aux écosystèmes. Sans jamais tomber dans la moralisation, « L’homme-chevreuil » nous invite à porter un autre regard sur la nature. En nous reconnectant à la faune et à la flore, cette BD nous fait comprendre à quel point il est essentiel de préserver ces écosystèmes forestiers si précieux. À l’heure où les enjeux environnementaux sont parfois relégués au second plan, la lecture de cet ouvrage nous invite à ouvrir les yeux, comme l’a fait Geoffroy dans la forêt de Bord-Louviers. Et comme l’a fait Jean-Denis Pendanx, qui s’est surpassé pour mettre en images le témoignage de « L’homme-chevreuil ». Tout est magnifique dans les planches du dessinateur. À commencer par les couleurs, qui restituent merveilleusement l’ambiance de la forêt, de même que le passage d’une saison à l’autre. Grâce à son trait sensible et délicat, Jean-Denis Pendanx nous invite à nous émerveiller devant le spectacle sans cesse renouvelé qu’offre la nature, avec sa lumière, ses textures et ses silences. Une BD magnifique qui ravira tous les amoureux de la forêt.


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