Little Bird vaut avant tout pour sa claque graphique monumentale. Le travail d'Ian Bertram est impressionnant : ses planches tentaculaires, organiques et ultra-détaillées évoquent immédiatement la démence visuelle d'un Moebius sur L'Incal. L'univers théofasciste et dystopique s'impose d'emblée avec une puissance plastique folle.
C'est sur le plan narratif que le bât blesse. Si l'album donne le sentiment de brasser des thématiques très profondes — autour de la mémoire, de la résistance, du mysticisme et de la transmission —, l'écriture s'avère inutilement confuse. Les concepts sont empilés, effleurés puis rapidement dépassés par l'action, laissant le lecteur avec la désagréable impression de passer à côté et de rater des clés de compréhension essentielles.
Une œuvre visuellement sublime et fascinante, mais qui s'égare dans une narration trop cryptique pour transformer son immense potentiel en véritable réussite.