Marc-Aurèle et James Bond. Telle est la fusion improbable que nous propose Boris Beuzelin pour Mako. Beuzelin est à la fois au dessin, au scénario et à la couleur (même si, pour les deux derniers points il est respectivement aidé par Lionel Marty et Céline Bessonneau), cela nous donne le sentiment d'avoir le droit à l’œuvre d'un homme et d'un seul, d'un travail suivi et bien dirigé où Boris Beuzelin savait où il voulait aller. Or, au vu du résultat, on peut se dire qu'il aurait peut être mieux fait de prendre un GPS, car on peut douter de la réussite totale.
Cependant, commençons par les bons points : le dessin. Il est sombre et carré, les teintes, les couleurs collent parfaitement à l'ambiance polar de la BD, l'aspect film d'espionnage bien noir est bien rendu. Les gueules carrés, les traits iconiques, tout y est pour offrir un beau voyage. Visuellement c'est beau. La mise en page est également pas mal du tout permettant une narration claire et soignée. On rentre rapidement dans l'histoire, on saisit vite les tenants et aboutissants. En bref, on passe un bon moment.
Il faut dire que le scénario, quitte à être cliché, est plutôt pas mal. Mako est un ancien agent des services secrets français, qui fut chargé d'un vol il y a 5 ans avec un ancien collègue à lui. Malheureusement ce-dernier l'a trahit. Sortant enfin de prison, son co-détenu lui propose un plan pour choper 500 000 euros facilement, il devra voir avec sa sœur en sortant. Un petit détour par la cage vengeance et Mako est prêt pour cette mission qui lui permettra de remonter à ceux qui avaient commandité son emprisonnement. Malheureusement, et c'est pratiquement une évidence, tout n'ira pas comme il faut.
Bon, ok, avouons le, on a pas vraiment le scénario le plus original du monde. Mais ça reste plaisant. Surtout que le Mako, ba son livre de chevet ce sont les pensés pour lui-même de Marc-Aurèle, le célèbre empereur stoïcien. Notons également que son ami Parabellum, lit, pour sa part, les Guerres de Gaules de Jules César. Chez les agents secrets on aime la culture, surtout quand elle vient de grands chefs guerriers.
Pourtant, et je fais là mon premier arrêt, Marc-Aurèle ne sert pas à grand chose à part 2 petites citations dans toute la BD. Une sorte de pseudo-hommage se voulant intellectuel mais ayant finalement bien peu d'effet.
L'histoire souffre, outre un manque évident d'originalité, de gros défauts scénaristiques qui rendent tout cela difficile à digérer. Au hasard la non-nécessité de la trahison première qui n'est jamais justifié. De même, le fait que le traître est nécessairement un néo-nazi, je trouve ça un peu lourdingue. Mais surtout, et c'est là le défaut, c'est quoi ce besoin de faire des trucs à la con pour obtenir le prix tant convoité ? Sans chercher à spoiler, disons qu'à un moment, il y a un concours pour obtenir une information. Et plutôt que la vendre bien chère, l'organisation qui la détient préfère faire un concours à la mort entre différents agents secrets. Y a que moi qui trouve cela WTF ?
D'ailleurs, à plusieurs moments on trouve l'histoire exagérée voir simplifier dans certains retournement de situation, que même Roger Moore n'aurait pas oser faire.
Bien que le dessin soit sympa et le rythme narratif séduisant, le peu d'intérêt scénaristique de l'oeuvre rattrape vite tout cela. Certes, on ne s'ennuie pas, mais au final, ce qu'on a lu fait vraiment trop série B pour être un moment dont on cherchera à se souvenir.
Désolé Boris Beuzelin, tu avais toutes les clefs en main et tu n'a pas su en faire un bon usage.