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Mauvais genre
Mauvais genre n’a pas un mauvais fond. Au contraire, c’est une histoire presque hors du commun qui entrelace des sentiments universels. Une passion libertaire dévastatrice, une quête d’identité...
le 11 nov. 2014
Mauvais genre de Chloé Cruchaudet, c’est un peu comme un cabaret clandestin pendant la guerre : audacieux, vibrant, et plein de non-dits qui résonnent longtemps après le rideau. Inspirée d’une histoire vraie, cette bande dessinée navigue entre l’intime et le politique avec une subtilité qui fait mouche.
L’histoire nous plonge dans la vie de Paul Grappe, un soldat déserteur de la Première Guerre mondiale, qui se travestit pour échapper aux autorités et finit par s’inventer une nouvelle vie en tant que "Suzanne". Mais derrière les robes et les fards, c’est une exploration bouleversante des frontières du genre, de l’identité et des rapports humains qui se dessine. Loin de n’être qu’une simple "curiosité historique", Mauvais genre pose des questions qui résonnent encore aujourd’hui.
Visuellement, Chloé Cruchaudet livre une œuvre qui alterne entre la douceur et la brutalité. Son style épuré, rehaussé de touches de rouge éclatant, capte à la fois l’intensité des moments de tension et la poésie des instants plus légers. Les scènes de bal ou de fête, où Suzanne semble presque voler, contrastent puissamment avec les flashbacks de la guerre ou les disputes conjugales. Chaque case est une danse, oscillant entre l’élégance et le chaos.
Le récit est porté par une écriture fine et nuancée. Cruchaudet évite les jugements faciles, préférant explorer la complexité des émotions humaines. Paul/Suzanne et Louise, sa compagne, sont des personnages profondément imparfaits, mais c’est précisément ce qui les rend terriblement attachants. Leur relation, oscillant entre l’amour fou, la dépendance et la destruction mutuelle, est le véritable cœur de cette œuvre.
Cependant, le ton sombre et les thématiques lourdes pourraient ne pas plaire à tout le monde. Mauvais genre n’épargne rien ni personne, et certaines scènes, notamment dans la descente aux enfers du couple, sont difficiles à lire. Si tu cherches une histoire légère, ce n’est pas ici que tu la trouveras. Mais si tu es prêt à plonger dans une œuvre qui ne te laisse pas indemne, le voyage vaut largement le détour.
En résumé : Mauvais genre est une bande dessinée puissante et viscérale, qui mêle beauté visuelle et profondeur narrative pour raconter une histoire d’amour, d’identité et de survie hors du commun. Une œuvre audacieuse, parfois cruelle, mais toujours sincère, qui te rappelle que les frontières entre les genres, comme celles entre l’amour et la haine, sont souvent floues. À lire d’un trait, et à méditer longtemps.
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