L’album Nankin, qui rappelle que “bande dessinée“ se dit “lianhuanhua“ en chinois, est particulièrement bien venu. Il traite à la fois du révisionnisme japonais actuel en matière de crimes de guerre (caractérisé par les “Trois sans“ : sans repentance, sans culpabilité et sans indemnité), en mettant en scène le procès intenté par Xia Shuqin (une des victimes âgée alors de moins de huit ans) à l’encontre d’un journal nippon et du fait historique le plus grave de la guerre sino-japonaise de la période 1937-1945. Ce dernier est connu sous le nom du Sac de Nankin ; il s’est traduit tant par le massacre de soldats chinois prisonniers que du meurtre de nombreux civils (en prolongement de diverses violences entre autres sexuelles à leur égard) dans la capitale chinoise du régime de Tchang Kaï-Chek (Jiang Jie Shi). Autour du témoignage de celle qui a intenté le procès, d’autres récits de personnes présentes au moment du drame permettent de bien appréhender les dimensions de cet épisode guerrier de décembre 1937. Les deux Européens qui prirent l’initiative de protéger les populations civiles, en négociant avec les autorités japonaises un périmètre de sécurité, sont largement mis en scène ; ceci permet de comprendre en particulier les rôles précis de l’Allemand John Rabe et de la missionnaire américaine Minnie Vautrin. Ces derniers sont les seuls personnages à dimension historique à être croqués, ce qui renforce l’intérêt que le lecteur leur porte ; si Tchang Kaï-Chek est cité il n’est pas dessiné. Une chronologie à la fin du livre rappelle que le conflit remonte en fait en 1931 lorsque le Japon envahit la Mandchourie (les conditions de cette action sont mises en scène dans Le Lotus bleu d’Hergé). Une bibliographie renvoie à des titres très récents en français et anglais proposés sur le sujet du Viol de Nankin par des historiens. Cet album tout en noir et rouge a un format à l’italienne, il convient mieux à un lectorat qui dépasserait les quatorze ans.