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le 22 mars 2026
Nos accords imparfaits, c’est une histoire d’amour, une histoire de couple. Hélène est musicienne, violoncelliste. Anton est livreur. Au début, comme dans toutes les histoires d’amour, les histoires de couple, c’est la passion, il y a le sexe, il y a l’amour commun pour la musique. Puis, peu à peu, les conversations se font de plus en plus rares. Surtout du côté d’Anton, qui « n’a plus les mots », comme il le réalise lui-même. La vie à deux perd son sens, jusqu’à ce que la séparation soit inévitable, logique.
Cette première partie du livre, intitulée « Face A », est une histoire très ordinaire, c’est celle que vivent tant de couples. Paradoxalement, c’est aussi la partie la plus riche, la plus forte, la plus émouvante de Nos accords imparfaits. parce qu’elle est universelle, et fait forcément écho à des choses que nous avons vécu. Parce que l’idée de Gilles Marchand (écrivain devenu pour la première fois scénariste de BD) et de Cécile Dupuis (au dessin), c’est de vider les images, de les réduire au strict minimum pour illustrer le plus justement possible les sentiments d’Anton et d’Hélène. Leur force comme leur disparition progressive, puis leur absence. Certaines pages sont magnifiques, et en dépit de leur dépouillement, donnent au lecteur envie de s’y installer, plutôt que de simplement les tourner pour passer à la suivante. A la fin de la Face A, on se dit qu’on tient entre les mains quelque chose de rare. De juste et de profond.
Et puis, il y a la Face B. Différente, radicalement différente en fait, comme c’est parfois le cas pour des albums de musique qui jouent de cette dichotomie pour perturber l’auditeur et enrichir son expérience. La Face B de Nos accords imparfaits est onirique, vaguement kafkaïenne, elle se joue de nous en nous plongeant dans une atmosphère déstabilisante. Anton doit livrer un paquet à Hélène qui l’a quitté, et qui semble vivre dans une ville qui n’existe pas. Une ville étrange (mais pas trop…), dans laquelle elle va donner un concert, mais dont les habitants attendent surtout d’Anton qu’il prononce un discours. Un discours pour lequel il lui faudra retrouver ces mots qui lui ont manqué.
Et, à notre humble avis, rien de tout cela ne fonctionne : une symbolique trop lourde, une errance qui manque de sens au sein d’un univers fade et finalement stéréotypé. Pour en arriver à une conclusion aussi facile que pas très fine, qui ne justifie nullement l’invention de cette fameuse ville. La face B ennuie, on tourne les pages très vite, avec la hâte d’arriver à la fin. C’est dommage. On est passé à côté de quelque chose, mais les auteurs sont partis dans la mauvaise direction, et la trajectoire d’Anton (et d’Hélène, du coup) ne veut plus rien dire pour nous.
Oui, c’est dommage. Mais on peut toujours remettre l’aiguille au début du sillon de la Face A.
[Critique écrite en 2026]
Créée
le 25 févr. 2026
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