J’aime beaucoup les BDs dans lesquelles l’auteur occidental se perd en Chine et se fait dévorer par les mégalopoles sinophones (cf. Shanghai Chagrin ou bien Chine Regard Croisés). Avec Oublier Tian'anmen, j’ai eu ma dose de satisfaction sur ce point, mais également une belle dose de scepticisme sur ce que Tian'anmen représente pour l’artiste occidental médian.
Davide Reviati est une auteur illustrateur italien, cette oeuvre est une de ses premières. Elle est assez originale tant dans la forme et que dans sa narration. Il se met en scène le temps de quelques jours en déambulant proche de la place Tian'anmen dans laquelle il espère éperdument que son amour de jeunesse chinoise vienne au lieu de rendez-vous qu’il s’était promis longtemps auparavant, tandis que sa femme et ses enfants l’attendent en Italie.
Davide est très dramatique. Il semble avoir très peur du régime (cependant il ne lui arrive rien, il en fait même une BD). Le drame d’il y a 3 décennies et le choc est présent dans sa tête alors que rien ne se passe concrètement sous yeux ou dans les témoignages qu’il recueille. Différents moments du livre sont intéressants sur la période, mais il y a un jugement permanent sur chaque choix gouvernemental du régime. L’auteur est franchement à deux doigts de scander LIBERTÉ J’ÉCRIS TON NOM et de sentir sa pierre à l’édifice de la révolution anti-régime rêvé. Il s’indigne même que l’occident ne soit pas rentré en guerre avec la Chine au nom de la liberté. Une guerre probablement en échange d’une liberté plus américanisée avec notamment la liberté de se faire espionner par la NSA ou bien la liberté de se faire déporter par ICE.
Différents poèmes chinois et références culturelles chinoises font office d’interlude et c’est ce qui relève le niveau du bouquin. Quelques proposition graphiques sympas !