Porter un regard sur son enfance n'est pas chose évidente mais quand Carlos Gimenez le fait, il apporte cette sobriété décalée par rapport à l'histoire même. Le noir et blanc, utilisé très justement, renforce l'impression que l'histoire du petit Gimenez n'a pas commencée sous les meilleurs auspices.
En effet, ce pan de la littérature espagnole nous ramène à la dictature franquiste et nous conte l'enfance passée par l'auteur dans plusieurs orphelinats et notamment dans celui nommé "Paracuellos". Or il témoigne surtout de tout ce que les enfants subissaient dans ces centres. Sous le trait de ses propres souvenirs mais aussi de ceux de ses anciens camarades, Gimenez nous dépeint un univers marqué par les privations et les brimades envers de pauvres orphelins en proie au joug de religieuses sadiques et perverses.
La force de ce roman graphique est de transformer le quotidien difficile en une petite pépite humoristique. Il aurait pu être tout aussi facile de ne donner à voir que le mauvais côté des choses mais on sent que Gimenez veut nous montrer qu'il a malgré tout réussi à trouver du réconfort auprès de ses camarades lors de cette période. L'humour, omniprésent, est utilisé à bon escient, n'occultant pas le côté émotionnel très important et en nous faisant rire, parfois jaune mais toujours de bon cœur.
Pour finir, son importance fut telle, dans la mémoire collective, à la chute du franquisme qu'on ne peut que la considérer comme un monument du neuvième art. La justesse de l'alliage humour et émotion ne fait que renforcer cette réalité.