L'occultisme et l'aura qu'entoure John Constantine m'intriguait : de ce personnage, je n'avais que la connaissance de l'existence d'un film des années 2000 avec Keanu Reeves ainsi que le visionnage d'un ou deux épisodes il y a dix ans de la série CW époque Green Arrow/Flash. Et c'est un peu par hasard que j'ai ouvert ce qui s'avérait être le premier tome dédié au personnage.
Une chose frappe immédiatement : déjà présent dans le propos liminaire de l'auteur, les pages de Constantine sont marquées par une critique radicale de la politique américaine et anglaise de l'époque (les années Thatcher et Reagan). Le propos est clairement de gauche et anticapitaliste, avec des démons qui achètent des actions sur l'humanité, des vétérans de la guerre du Vietnam traumatisés qui ouvrent le feu sur leur propre famille, et cette secte catholique, les Croisés de la Résurrection, qui utilise un système de Ponzi pour convertir et manipuler de nouveaux fidèles. En outre, les minorités sont représentées, même si le vernis de l'époque s'est quand même bien écaillé (je pense notamment à cet enfant soudanais muet du premier chapitre, donc la représentation colonialiste fait grincer des dents aujourd'hui).
La tonalité toujours cynique dans les cases, et généreuse en métaphores de romans noirs qui sentent le détective névrosé et accro à son bourbon poursuit la caractérisation de cet univers. Il est difficile de définir Constantine : il n'est pas un héros, il fuit quand il le peut et se montre égoïste. Il est souvent en position de spectateur et se montre finalement peu actif dans les différentes péripéties, à l'exception de quelques exorcismes distillés ça et là. Il peut aussi se révéler antipathique, ce qui montre qu'un chemin va être fait pour atteindre le personnage nonchalant qu'il semble incarner dans les itérations actuelles.