Fable contemporaine questionnant notre rapport aux autres, au travail ou à la société l’album se contente surtout d’aligner des évidences. Le problème apparaît dès le postulat de départ, difficile à croire, que les réactions des personnages ne font qu’accentuer par leur manque total de crédibilité. Les protagonistes ne dépassent jamais le stade de la caricature, chacun incarne une idée ou une fonction, rarement une personnalité, dès lors, le récit avance mécaniquement en enchaînant les situations attendues. La bande dessinée accumule les poncifs sans jamais chercher à les dépasser, dépendance aux écrans, société consumériste, quête d’authenticité... tous les clichés du genre sont convoqués, mais repris tels quels, sans nuance, sans profondeur et sans véritable mise en perspective. L’impression dominante est celle d’un album qui enfonce des portes grandes ouvertes avec un sérieux un peu pesant, pour ne pas dire sermonneur. La conclusion ne relève pas l’ensemble, elle se résume à une morale condescendante, déjà vue ou lue cent fois ailleurs, et qui referme l’histoire sans ouvrir la moindre piste de réflexion.
Reste le dessin, qui sauve partiellement l’expérience. L’ensemble est rigoureux, précis et parfois même inspiré, notamment avec l’apparition progressive de la couleur au fil des pages. Une idée visuelle intéressante qui accompagne le récit et illustre l'évolution de la santé mentale du personnage principal. Mais ces qualités formelles ne suffisent pas à compenser la pauvreté du propos, Plus loin qu’ailleurs se lit vite et s’oublie tout aussi rapidement.