Ma première rencontre avec l'œuvre d'Ugo Bienvenu remonte à l'année dernière, avec son film d'animation Arco, qui a rencontré un joli succès critique. En revanche, j'ignorais complètement qu'il venait du monde de la bande dessinée. Pourtant, après la lecture de Préférence système et avec un peu de recul sur Arco, cette filiation paraît finalement assez évidente.
On retrouve dans ce roman graphique plusieurs ingrédients qui feront plus tard le charme du film : la figure du robot qui s'humanise au contact des Hommes, celle de l'enfant porteur d'espoir face à une société qui n'a plus aucun sens, ou encore ce style graphique aux influences pop art. Un parti pris esthétique qui confère une véritable identité aux œuvres d'Ugo Bienvenu.
En revanche, Préférence système emprunte une tout autre direction dans son récit que le film Arco. L'auteur s'intéresse ici à la conservation de l'art et de la mémoire collective dans une société futuriste où les œuvres du passé sont progressivement supprimées, faute d'espace de stockage numérique. Une conséquence directe de la surproduction de contenus.
À cette réflexion collective s'ajoutent deux trajectoires plus intimes : celle d'Yves, qui décide de se rebeller contre ce système de sélection, et celle de Miki, son robot, à qui sont confiées les œuvres interdites. J'avoue avoir été assez dérouté durant les premières pages. Ugo Bienvenu nous plonge immédiatement dans son univers, sans vraiment prendre le temps d'en expliquer les règles, le fonctionnement politique ou la société qui nous est dépeinte. Mais, au fil de la lecture, les pièces du puzzle s'assemblent jusqu'à un véritable point de bascule au milieu du récit. La seconde partie prend alors une direction totalement différente, que j'ai d'ailleurs largement préférée à la première.
Malgré toutes les qualités de l’œuvre, je reste un peu sur ma faim. Le message central, l'idée que l'humanité ne peut se construire sans son histoire ni sa culture, m'a semblé un peu trop se diluer dans les parcours individuels des personnages. Une impression qui s'est renforcée par un dessin volontairement froid et des dialogues qui m'ont parfois paru un peu "lourds".