Première Dame
6.6
Première Dame

BD franco-belge de Tronchet et Jean-Philippe Peyraud (2025)

Rom com et thriller politique à l’Elysée…

On a tous en mémoire la réussite du Quai d’Orsay de Blain, et, malheureusement pour lui, ce Première Dame, signé Tronchet et Peyraud s’en rapproche trop, tant par son sujet, que dans sa dynamique narrative et son graphisme élégant et anguleux, … sans en atteindre l’excellence. Une fois évoquée – et évacuée – cette frustration sans doute inévitable, Première Dame est loin de démériter, et constitue une lecture aussi drôle que percutante.

Imaginez donc une histoire d’amour contrariée entre un Président centriste et disruptif, mais tenté par la droite (qui évoque forcément Macron), et une actrice engagée, de gauche (un sujet qui rappelle les fugues en scooter de Hollande, non ?). D’ailleurs, si l’on pense à l’une des premières scènes du livre, une confrontation violente entre le Président et la jeunesse de banlieue, on pourrait même imaginer une dose de Sarko dans la construction de ce portrait présidentiel en forme de puzzle, ou de mosaïque… ce qui est drôle, mais également passablement artificiel, non ?

On parlait donc d’une histoire d’amour – toute simple, ordinaire presque – entre deux êtres que tout oppose mais que le hasard va réunir, avant que les conseillers de l’Elysée – roués manipulateurs – ne décident de l’utiliser pour faire remonter la cote d’un président bien mal en point dans les sondages. Une fausse bonne idée qui va se retourner contre eux, du fait des velléités politiques de la « future première dame », qui aimerait bien dépasser son rôle de « potiche » pour influencer la trajectoire de la France, mais également des manœuvres d’un ministre de l’intérieur opportuniste et franchement d’extrême droite, qui se verrait bien président à la place du président.

Et c’est ainsi qu’au long des 272 pages se succèdent à un rythme d’enfer les coups de théâtre, les retournements de situations, les suspenses insoutenables : Première Dame adopte donc un rythme parfois épuisant de thriller US, les auteurs ayant clairement choisi la voie de la saine distraction, plutôt que celle du récit politique. C’est drôle, enlevé, addictif, relativement passionnant, avouons-le, grâce à des personnages finalement bien croqués et s’éloignant des stéréotypes mentionnés, et à des idées scénaristiques originales, tantôt classiquement « rom com », tantôt à la limite du burlesque.

Ce n’est qu’en le refermant, sur un happy end excessif et guère crédible, que l’on se dit que, oui, on a passé un excellent moment avec Première Dame, mais que tout cela était bien léger. Mais tout dépend ce qu’on y cherchait…

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2025/05/18/premiere-dame-rom-com-et-thriller-politique-a-lelysee/

Eric-Jubilado
7
Écrit par

Créée

le 26 mai 2025

Critique lue 27 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 27 fois

1

D'autres avis sur Première Dame

Première Dame

Première Dame

10

Presence

2291 critiques

Avoir raison au mauvais moment, c’est avoir tort.

Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Didier Tronchet pour le scénario, et par Jean-Philippe Peyraud pour les...

le 14 mars 2026

Première Dame

Première Dame

8

Ced_Auma-Jeu

368 critiques

Critique de Première Dame par Ced_Auma-Jeu

C'est très sympa, ça. Certes c'est parfois un peu facile, voire simpliste. Mais un vent de fraicheur sur la politique, grâce à la sincérité. Une fiction, bien entendu.

le 30 déc. 2025

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6879 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6879 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6879 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020