Le dessin de l'autrice est un mystère. Elle a suivi ses premiers cours de peinture et d'art à l'âge de 8 ans ; elle a passé beaucoup de temps dans les musées ; elle a fait des études d'art et a obtenu un diplôme de Beaux-arts en peinture à l'université d'Arizona. Malgré cela, son dessin sera toujours "brut" (certains diront "moche") et critiqué, en dépit de sa parenté avec l'expressionnisme allemand.
Le risque de rejeter d'emblée l'œuvre d'Aline Kominsky-Crumb est donc grand ! Mais ce serait vraiment dommage, tant elle a d'événements et de pensées marquantes à nous raconter.
Elle parle d'elle et de sa famille en particulier mais ses récits nous apportent une vision sur des vies de femmes en général. Le propos est aussi cru que le dessin est brut de décoffrage, et le sous-titre de ce recueil tient toutes ses promesses : "Bouffe - Sexe - Mort - Douleur - Romance - Joie".
Aline KC nous parle beaucoup de son corps, le plus souvent de façon critique et, comme l'écrit Hillary Chute dans la postface, son œuvre porte " une attention remarquable aux fonctions primaires du corps féminin, qu'elles soient douloureuses ou plaisantes". On pourrait faire un parallèle avec le "Journal d'un corps" (masculin) de Daniel Pennac.
Enfin, comme l'avaient déjà expliqué Robert Crumb et l'autrice dans " Parle-moi d'amour !" (2011), plus l'on vieillit plus les dysfonctionnements familiaux et les souvenirs d'enfance remontent à la surface.