Après quelques diptyques "convenus" la saga Largo Winch semble marquer une inflexion intéressante avec ce 25 ième tome des aventures du milliardaire justicier.
Là où les albums précédents privilégiaient l’action pure, celui-ci parvient à développer une intrigue plus subtile et à tisser un fil intime grâce à la relation développée entre Largo et la jeune orpheline. On y découvre un protagoniste introspectif, torturé par ses souvenirs et marqué par les doutes sur sa propre vie issus des échos de cette rencontre. Cette (relative) vulnérabilité incarne davantage le personnage et donne plus de profondeur au récit, c'est appréciable. Peut-être faut-il y voir la patte de Philippe Guez, arrivée au scénario, qui insuffle une énergie différente, plus nuancée?
Cela dit on n'échappe pas aux poncifs de la série, le héros globe-trotter évolue toujours dans un univers à la James Bond, entre femmes fatales hypersexualisées, destinations exotiques, et trahisons à tiroirs autour d'enjeux technologiques. Ces ingrédients, aussi efficaces soient-ils, donnent parfois l’impression de relire une énième variation sur un thème que la série maîtrise certes, mais qu’elle peine à renouveler... contrairement à James Bond justement. A voir si la suite poussera les curseurs un peu plus loin et osera infléchir les codes devenus trop familiers et récurrents de la saga.
On a envie d'y croire et de voir le début d'une transition douce qui amènerait un peu de fraicheur dans cette univers déjà quinquagénaire et riche de nombreuses adaptations.