Il y a d'un côté une histoire touchante sur le temps qui passe et un héros qui peine à contrôler le déroulement de sa vie. Et de l'autre, un Melting-Pot poussif de toutes les sagas de Spider-Man.
Et ce n'était pas forcément sur ce terrain là que j'attendais ce comic car en intégrant directement le passage des années dans sa problématique, au lieu du sempiternel temps figé des comics books, j'étais davantage curieux d'une réinterprétation de Peter Parker à un âge forcément inexploré jusqu'ici. Le début est prometteur en ce sens en s'acheminant, toutes proportions gardées, vers un Watchmen à la sauce Marvel avec une uchronie de notre histoire réelle, malmenée encore davantage par l'intrusion des super-héros dans les conflits des hommes.
Malheureusement, le récit va s'éloigner bien vite de ce postulat prometteur et à ce titre l'omission totale des mutants dans l'intrigue est assez regrettable, avec les inévitables tensions raciales qui en découleraient. L'Amérique ne devient plus qu'une toile de fond au récit assez nombriliste de Peter Parker tandis que l'intrigue va s'acheminer comme une succession des évènements marquants de l'histoire du Tisseur à travers les décennies; absolument tout y passe : Kraven et le symbiote, la controversée saga du clone, Secret War, Civil War et même Superior Spider-Man.
Si vous avez ainsi une connaissance, même partielle, de l'histoire de l'homme araignée, la surprise en prend un coup; de ce fait, je reste très partagé sur le procédé: c'est à la fois une manière de présenter l'histoire de Spider-Man auprès des non-initiés mais dans le même temps, cela limite justement la portée de ce récit original auprès du public occasionnel, qui risque plus de trouver l'intrigue éparpillée et un brin abracadabrantesque.
Il faut dire que cette Histoire d'une vie souffre pas mal de la comparaison pour ma part avec deux autres œuvres du même acabit : Marvels dessinée par Alex Ross proposant une intrigue similaire à échelle humaine (et auprès d'un photographe de surcroît) et surtout Identité Secrète, beaucoup plus riche dans son écriture et ses thématiques. Tous deux ont d'ailleurs des planches bien plus mémorables que ce Spider-Man dont je trouve en effet la patte graphique un peu faiblarde pour un récit de cette envergure.
Bref dommage; j'adore le personnage du Tisseur en tant que tel mais je trouve rarement totalement mon compte dans les comics du personnage, même ceux jugés souvent emblématiques.
Néanmoins pour compenser cet avis assez critique, il y a aussi de nombreuses scènes touchantes dans l'intimité de Peter et sa difficulté éternelle à concilier vie privée et devoir super-héroique.