Peu importe si tel film de super-héros bide au cinéma, et je ne dis pas ça pour alimenter la « super-heros fatigue », car en tant que lecteur de comics, je me régale. Car parallèlement à leur sortie, les éditeurs concernés en profitent pour ressortir des titres marquant de telle figure, parfois dans une nouvelle édition, parfois pour une première édition française.

Avec l’arrivée de Supergirl’2026, Urban Comics en a ainsi profité pour garnir ses rayonnages de quelques titres estampillés aux couleurs de la super-héroine, dont ce Supergirl, corps et âme, dans la collection Paperback que j’aime tant.

Ces épisodes, datant de 1996 et 1997, étaient, à ma connaissance, inédits en France. La série avait été confiée à Peter David, qui nous a malheureusement quitté trop tôt en 2025, et qui, s’il est peu connu du grand public, a écrit des centaines de scénarios, développant des histoires sur le long cours, offrant à ses personnages des véritables développements. Ce ne sont pas forcément des intrigues spectaculaires, mais Peter David est avant tout un petit artisan du comicbook game, incroyablement doué pour faire vivre les personnages qui lui étaient confiés. Il est ainsi resté de nombreuses années sur Hulk ou X-Factor dans les années, signant des épisodes appréciés des fans, mais aussi sur Supergirl, qu’il quitta au numéro 80.

Avec Peter David aux commandes, le lecteur avisé s’attend ainsi à un titre qui va respecter le personnage tout en lui offrant de nouvelles évolutions.

Malheureusement, le problème avec cette Supergirl, c’est que le scénariste hérite d’une super-héroïne marquante et appréciée, mais complètement cabossée en 1996 par un parcours éditorial compliqué. Dix ans auparavant, la Supergirl « historique », cousine d’un grand dadais de Krypton, était tuée lors du mythique crossover Crisis on Infinite Earths, afin de réduire la « Superman family » au minimum. Une nouvelle Supergirl finit par revenir, mais il s’agit alors d’un protoplasme crée par un Lex Luthor d’une autre dimension. Vous voyez le niveau.

La Supergirl « en titre » est alors peu engageante, et Peter David va tenter de l’améliorer, la faisant fusionner avec une certaine Linda Danvers, pourtant considérée comme morte par ses proches, après un petit rituel satanique avec son petit ami Buzz. La « nouvelle » Supergirl garde ainsi les souvenirs de ses deux existences, même si la série va surtout s’ancrer dans la vie de Linda Danvers, avec ses parents qui redécouvrent leur fille, qui filait précédemment un mauvais coton, ses amis et de nouveaux proches, Peter David, comme d’habitude, constituant tout un casting de personnages secondaires.

Il est tout de même difficile de s’attacher à ce qui semble être du rafistolage éditorial, pour améliorer la Supergirl post-Crisis, d’autant que elle et Linda partagent le même esprit mais ont deux corps différents. Cependant Peter David va ainsi pouvoir parler d’identité, des souvenirs hérités, des relations qu’on met de côté ou qu’on doit protéger, tout en élargissant un peu le propos. Si cette Supergirl est ancrée dans une nouvelle petite ville, elle reste liée à l’univers DC, avec des passages de Superman, Mary Marvel, Gorilla Grodd, ou se rattacher au crossover Final Night.

Mais il s’agit bien d’une série avec une certaine indépendance, avec son héroïne, ses personnages et certaines thématiques. Buzz, le petit ami malsain, sorte de mystique à la morale ambiguë, proche d’un certain John Constantine dans son cynisme et ses manipulations, sera ainsi un des fils rouges de ces épisodes, culminant avec un épisode pourtant principalement composé de dialogues, à la table des Danvers. Dans ses thématiques, la série va ainsi aborder quelques sujets plus graves que les crises d’identité de Supergirl, que ce soit dans la violence et son prix à payer, l’influence de la religion ou même un épisode terriblement actuel, évoquant une agression sexuelle et la difficulté à croire la victime, l’agresseur étant de plus un policier respecté.

Un peu de super-héros, un peu de tranches de vie, Supergirl est donc une série malgré tout un peu à part, surtout dans des années 1990 un peu trop dominées par des robots et des ninjas, et pas vraiment reconnus pour la qualité de leurs histoires. Il fallait donc aussi un artiste pour associer la direction prise par cette relance de Supergirl, et c’est donc Gary Franck qui a été en charge. Il avait déjà travaillé avec Peter David sur une vingtaine de numéros de Hulk, et son interprétation du Géant vert, alors dans sa phase avec le Panthéon, est pour moi des plus iconiques. Si Gary Franck est moins à l’aise avec les phases d’action, ses dessins étant parfois trop rigides, il offre un certain réalisme, avec une légère exagération pour les émotions faciales, bien utile pour donner un peu plus de crédibilité à ses personnages, dans une série qui repose beaucoup sur eux. Hormis un seul épisode, c’est ainsi lui qui est le garant de l’identité de cette relance. S’il quitte la série avec le numéro 9, qui conclue cette édition, notamment pour reprendre Gen 13 (siouplé, il faut réediter Gen 13 !), il continuera encore pendant quelques numéros à illustrer les couvertures.

Il faut reconnaître à Peter David et à Gary Franck qu’ils arrivent à créer une série en partant presque de zéro, recréant une héroïne, ancrée dans son petit monde, avec quelques idées et thématiques parfois assez fortes. Le « super-héroisme » passe un peu au second plan, ou du moins ne se distingue peu, tant pis pour les amateurs de muscles et de castagnes. Mais si cette « Supergirl » fait ce qu’elle peut pour exister, et nous fait partager ses désarrois existentiels, difficile de croire en elle, de s’attacher à ce petit bricolage qui fait ce qu’il peut pour se trouver une place, une raison d’être. La série a continué sur sa lancée, et certains épisodes sont, parait-il, réussis, mais il y a peu de chance qu’Urban comics poursuive les réeditions hors de la fenêtre de campagne promotionnelle du film Supergirl. D’autant plus pour une Supergirl “périmée”, pas la « Supergirl historique », la cousine de Superman, revenue aux comics en 2004, tandis que notre Linda Danvers est aux abonnés absents de l’univers DC depuis plus de 15 ans. Pas facile d’être une Supergirl.

SimplySmackkk
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il y a 4 jours

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Calmos

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8

SimplySmackkk

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