Un grand Bourgogne oublié par Pierre Vandôme

Un extrait sociologiquement pur de vignerons bourgeois qui veulent se sentir à la foi du cru et raffinés.

Parceque la greffe a pris à merveille avec les auteurs, cette BD est un petit bijou d’émerveillement des auteurs BD pour le monde du vin et réciproquement. Le plus émouvant : elle brille inconsciemment d’une indécence criante pour le reste du monde agricole, qu’elle agite donc sous le nez de tous avec fierté !

On passe en quelques pages des dégustations de bouteilles à plusieurs centaines d’euros ouvertes en série à un voyage aux Etats Unis pour visiter des importateurs fortunés à l’engueulade avec le viticulteur voisin, dessiné bourru et méchant qui lui bloque l’achat d’une belle parcelle. Mais avec un tel voisin, doté de tout et qui veut aussi se parer de la pelisse de gars du coin en revenant de New York, il y a de quoi ronchonner !

Alors au final la BD rend bien tout le raffinement de l’art de produire un bon vin et expose bien tout ce qui peut provoquer de l’urticaire à la vue de ces snobs du vin qui ne voient pas le problème de leur poste de privilégié dans un monde agricole en crise.

Ca atteint des sommets dans le petit texte épilogue qui décrit les faits qui ont inspiré l’histoire. Le grand père, vigneron et clerc de notaire (on se demande bien d’où est venue la capacité à investir...) est "un peu anticonformiste" car il a été le premier à investir la mise en bouteille personnelle (ca s’appelle avoir plus les moyens que ses voisins) et était "allergique aux sulfites" donc il est passé au bio parmi les premiers, sous le feu des critiques des voisins. Cette manière de romancer la domination de classe dans l’agriculture est typique. La richesse qui a permi d’investir dans les nouvelles pratiques est effacée, c’est seulement l’audace et l’anticonformisme qui ont guidé sa main à produire d’une façon d’autant plus rentable qu’il a été le premier à le faire dans son coin et l’a hissé au dessus de ses voisins qui n’ont eu que la jalousie en reste.

Tous cela est très fidèle à la réalité, jusque dans la tension palpable entre les femmes qui gèrent le quotidien et les hommes qui courent après leurs chimères de vins parfaits. Donc chapeau bas.

Reste tout de même à préciser que dans l’indécence de l’inégal accès à la beauté du travail viticole et son résultat, ce qui pose problème c’est pas le bon travail pour le bon produit, c’est l’inaccessibilité pour le plus grand nombre et le mépris qui en découle. Il manque au neuvième art un récit plus humble sur la viticulture. Peut être chez Davodeau est-ce plus terre à terre.

PierreVandôme
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le 26 janv. 2026

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Pierre Vandôme

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WestAnne

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Critique de Un grand Bourgogne oublié par WestAnne

Manu n'a qu'un rêve dans la vie : acheter une parcelle dans le Mâconnais, afin d'y produire le plus grand vin qu'il ait jamais bu. Rien que ça! Un récit honnête.

le 18 août 2015