Attention, BD chorale. C'est l'histoire d'un prisonnier en fin de peine, qui retrouve la ville dans laquelle il a commis son crime. Mais c'est aussi l'histoire d'une grand-mère qui a perdu tous ses fils, et qui attend la mort sous son arbre. C'est encore l'histoire d'un vieux fermier ruiné, qui accepte de se salir les mains pour nourrir son gosse. Et on trouve également un shérif hargneux, un mari cocu, un petit garçon au cœur brisé, et puis des mensonges, du viol, du repentir, et un poivrot irrécupérable – ou peut-être pas ?
Côté dessins, on retrouve la même audace. Le crayon passe d'un style à l'autre, dessine un ciel d'orage avec des masses d'encre noir, puis un printemps en fleurs échappé d'une estampe japonaise, et une ville pleine de poussière façon Bluberry, et une auto qui aurait plutôt sa place dans un Tintin. Le dessinateur prend des risques, et se plante parfois : les hachures sur les visages donnent un drôle de rendu, et ça dérape complètement sur le sourire de Gherald, façon requin roublard en rut. En revanche, les perspectives sont très travaillées, et les angles de vue parfaitement choisis ; mention spéciale aux premières et dernières pages, avec ce cadrage très lointain, emprunté au cinéma.
« Un Paradis distant » ressemble ainsi à un patchwork bondissant, assez imprévisible. On est parfois perdu, comme si la BD avait été rédigée simultanément par douze scénaristes et quatre dessinateurs. C'est souvent réussi, d'autres fois on tombe dans le fossé. Cela donne en tout cas une vraie originalité à l'intrigue, dont le fil principal demeure ce repenti qui vient régler ses comptes en sortant de prison, un thème plutôt éculé.
(On me signale dans l'oreillette que cette BD est certes un one-shot, mais c'est également le fils caché d'un certain « Big Bill est mort », dont la lecture aidera peut-être à comprendre une partie des intrigues proposées dans « Un paradis lointain ». Affaire à suivre ...)