Si à cause de terribles individus nommés Frank Miller, Zack Snyder et autres amateurs de 50 nuances de gris, l’univers DC semble parfois se complaire dans une noirceur visuelle parfois exagérée, ce même écosystème s’est parfois égaillé dans de multiples variations de couleurs.


Après l’hystérie nationale accusant les comics de tous les maux pervertissant la jeunesse (vieille et classique rengaine), l’industrie du comics s’auto-censure en établissant un code de bonne conduite : le Comics code authority, dégoulinant de puritanisme, établi en 1954.


Et pourtant, le milieu va bien, au moins commercialement, la série « The Adventures of Superman » (1952-1958) avec George Reeves permet de vendre plusieurs séries autour du héros kryptonien. De nouvelles figures sont introduites avec succès, à l’image de Flash ou de Green Lantern, créant ainsi ce qu’on appellera le « Silver Age » de l’histoire des comics-books.


Mais la censure rode, les précautions à prendre sont grandes, alors les séries prennent de la hauteur pour s’orienter vers des histoires moins proches du quotidien et de ses « pêchés » qui pervertiraient la jeunesse, aux accents plus fantaisistes, aux idées plus science-fictionnelles.


Superman et surtout Batman vont ainsi se retrouver dans des histoires abracadabrantesques, souvent développées à partir de simples idées ou de couvertures alléchantes. Urban Comics vient de nous en offrir un court échantillon avec cet album, modeste recueil d’histoires de Superman et de Batman, aux idées délicieusement rétro. Une préface de Yann Graf explicite ce contexte particulier.


Sans entrer dans le détail des histoires concernées, il s’agit principalement d’histoires basées sur des transformations surprenantes, comme des « What if ? » afin d’aiguiser la curiosité du lecteur devant d’étranges propositions formulées sur la couverture. Qu’est ce qui justifie cette nouvelle garde-robe de Batman répartie en plusieurs couleurs ? Pourquoi Superman se retrouve-t’il avec une tête de lion ? Il faudra lire les épisodes concernés, aux histoires amusantes de naïveté, mais très imaginatives dans leurs propositions, dans une narration complètement désuète mais pas sans charmes. Le retour au statut-quo conclura toujours l’histoire, sans aucunes conséquences. A part celle du plaisir du lecteur amusé devant une manière d’écrire les comics plus décomplexée, à la fois consciente de l’image attendu de tel héros et s’amusant à aller vers des directions nouvelles. Sans méchants très méchants, sans violences, sans sagas sur plusieurs épisodes qui s’essoufflent : à chaque épisode son idée farfelue annoncée sur la couverture et développée dans les pages.


Edmond Hamilton, Ed Herron, Otto Binder, Bill Finger (co-créateur de Batman, toujours en poste) ou Jerry Siegel (co-créateur de Superman, lui aussi encore là quinze ans après) s’occupent des scénarios, même si à l’époque l’idée de base était parfois soufflée par les éditeurs. Sheldon Meldoff, Wayne Boring, Dick Sprang et Curt Swan sont eux aux crayons, des noms assez oubliés de nos jours, mais suffisamment compétents pour s’occuper des séries des héros principaux de DC Comics. Cette édition les propose d’ailleurs en grand format, et pour peu qu’on se soit pas réfractaire à ce style old school, leurs planches restaurées et agrandies sont ainsi mises en valeur, de même pour ces couleurs éclatantes d’un autre temps.


Ce Weird Tales and Fantasy est donc une authentique curiosité, un échantillon surprenant d’une époque qui s’affranchissait de la censure en allant vers des sujets amusants et colorés, avec une grande imagination, une petite folie douce, où les pieds de Superman ou de Batman ne touchent plus terre. Une époque d’expérimentations plus ou moins heureuses, progressivement balayées à partir des années 1970, pour un retour à des histoires plus crédibles, le retour au sombre héros pour Batman, le renforcement de ses origines et relations humaines pour Superman, avec un gros coup de balai avec le crossover Crisis sur tout ce qui n’était plus au goût du jour dans les années 1980. Et pourtant, de temps en temps, certaines idées reviennent, à l’image de Krypto le super-chien, ou du Batman de la planète Zur-en-arh, présent dans cet album, exploité pour une série d’épisodes mythiques de Grant Morrison.


Il fallait oser proposer ces épisodes qui vont à l’encontre de bien des attendus de l’univers DC mais qui font pourtant partie de l’histoire de la compagnie. Urban Comics l’a fait au sein de sa curieuse collection DC Treasury Books, inspiré des Treasory Edition de la VO, des « histoires à la fois classiques, accessibles, spectaculaires et suffisamment intéressantes (comprendre : pas trop premier degré) pour passer l’épreuve du temps », selon le directeur éditorial François Hercouët sur sa newsletter. Outre le contenu, où chaque album est indépendant, c’est la forme qui surprend : avec une impression en relié et un grand format (28x43 cm, les collectionneurs déjà en panique pour les ranger). Le prix est lui aussi doux, à 15€, et propose aussi quelques réeditions de comics récents ou plus anciens et des inédits, dont celui-ci. Espérons que la première salve de quatre titres en entraînera d’autres.

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le 22 janv. 2026

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