Zaks - Dayak, Tome 3
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Zaks - Dayak, Tome 3

BD franco-belge de Philippe Adamov (1997)

La structure de cet ultime épisode de la série « Dayak » est somme toute assez conventionnelle : le méchant poursuit le gentil dans son dernier refuge (souterrain comme il se doit – voir « Le Secret de l’Espadon »), où le gentil est en train de préparer la résistance avec de curieux barbares. Affrontement final, ça pète bien, puis épilogue.

Il se confirme donc que ce déjà-vu est transfiguré par les talents graphiques d’Adamov. Il en fait assez pour que les conventions en deviennent méconnaissables, et donc que le lecteur s’y intéresse. Sur le plan des décors, d’abord. Ne pas oublier qu’on est dans une Afrique un peu floue, mais bien africaine ! La nature et la culture y rivalisent d’appâts pour ferrer le lecteur. Côté nature, ce désert hérissé de pitons obstinés contre l’érosion, qui dialoguent avec une curieuse dorsale aux parois très raides, style échine de dinosaure émergeant des sables (première vignette). Des carcasses d’éléphants (encore plus costauds que nature) gisent dans un canyon planche 3.

Côté culture, les Zaks (alliés de Dayak cette fois-ci) concrétisent une image archétypale de la primitivité et de l’instinctualité africaines : nudité totale, tatouages des grandes dimensions, masques géants (planches 1, 27), maquillages criards. L’architecture souterraine offre un immense porche aux parois verticales très élevées, se contrefortant réciproquement (planches 11 et 26).

L’aspect initiatique-psychanalytique du récit est un élément fort de la trame du scénario, avec cette hideuse mère style Grand Ancien de Lovecraft, aussi asymétrique et gluante que possible, percée d’énormes puits qui contribuent à la monstruosité (planches 8, 40-41-42) : Mère abusive qui rêve de protéger son enfant chéri, puis son double enfant (planches 38-43) ; Mère métaphysique parvenant presque à réunir et à faire fusionner les deux opposés (Bien-Mal) dans une gestation alchimique vénéneuse qui devrait déboucher sur des perversions encore plus grandes (planches 24, 38-43).

À cette mère-pourriture, genèse de toutes les dégénérescences, fait contrepoids le « Diab’ », incroyable obèse hermaphrodite des Zaks, visiblement le seul organisme en mesure de subir une fécondation et de mettre au monde une progéniture, chez un peuple qui apparaît par ailleurs comme stérile (symbole probable de la stérilisation culturelle générée par les délires technocratiques et aménageurs du vilain Simon). Évidemment, Adamov profite de cette problématique reproductive pour nous offrir force gros seins et bébêtes du bas-abdomen, y compris celle de Dayak (planches 19 à 22). La nudité radicale des Zaks escaladant le bunker de Simon traduit à la fois un conflit culturel et technologique, mais esquisse également une sorte de rapport érotique entre la pure primitivité et la technologie la plus arrogante.

Conte alchimique-psychanalytique d’une grande puissance baroque, la saga « Dayak », dans son isolement au sein de l’œuvre d’Adamov, tranche par sa densité narrative avec les bavardages mondains qui diluent les scénarios de Cothias. Clin d'oeil ? Planche 8, Simon prononce la phrase que le méchant Duc Malik prononçait si souvent dans "Les Eaux de Mortelune" : "Il m'arrive parfois de me craindre moi-même".
khorsabad
8
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le 10 févr. 2015

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khorsabad

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