Un film-concept d'un intérêt parfaitement inégal.
D'une durée arbitraire de 100 minutes Twenty Cigarettes constitue une série de 20 portraits filmés en plan fixe, présentant à chaque fois un modèle passant l'intégralité du plan à fumer une cigarette. James Benning poursuit sa quête d'un cinéma essentiellement durable : un cinéma à travers lequel le spectateur subit chaque seconde comme un moyen d'assister au réel, réel sèchement présenté par le cinéaste.
Si certains films de Benning parviennent à fasciner dans leur manière de réinventer en permanence l'instant présent au moyen de micro-variations modifiant l'image et le son ( principalement l'hypnotique Ten Skies et le rigoureux Ruhr, deux petits bijoux de pure contemplation ) il est ici difficile de ne pas déceler autre chose qu'une certaine passivité de la part du réalisateur, tant le dispositif manque d'ampleur et d'originalité. Les modèles filmés tuent le temps à coups de poses et de pauses-clope, constamment conscients de la présence de la caméra enregistrant leur maigre occupation. Twenty Cigarettes sonne faux à plusieurs reprises, partant pourtant d'un geste éminemment cinématographique ici réduit à sa contenance. Nous sommes dans le cas présent davantage dans l'attente et dans l'ennui que dans une démarche d'observation et de perception formelle. Arty et décevant.