Au début, l'exercice de style paraît assez vain et mal foutu. Le montage, d'abord perturbant, devient vite agaçant à force de passer d'une scène à une autre toutes les vingts secondes afin de mieux éparpiller le puzzle de son récit. Du coup, les 20/25 premières minutes semblent un peu laborieuses, puisque qu'à force de mélanger la chronologie de son histoire sur un rythme effréné, le film ne parvient pas à être immersif.


Puis, peu à peu, lorsque l'on commence à bien assembler les différentes pièces du puzzle, le film démarre vraiment. Si le reste de la première heure du film se déroule toujours sur un rythme très rapide, la deuxième prendra le temps de se poser, de s'attarder sur ses personnages dans quelques beaux moments de silence contemplatifs et d'assembler de manière très cohérente son puzzle tragique. Finalement, l'exercice de style fait mouche : s'il pouvait paraître vraiment gratuit au départ, il semble ensuite vital au développement de son histoire et de ses personnages. Cette narration déconstruite permet finalement de mettre en valeur toute la complexité humaine de ses personnages, leurs vices et leurs tourments, leurs sentiments et leur détresse.


Et c'est là que le talent d'Inárritu intervient. Par sa réalisation intimiste aux couleurs très froides, parfois presque documentaire, et par une direction d'acteurs remarquable, des principaux aux seconds rôles, Inárritu sert une vraie jolie palette d'émotions. Ce type a un talent indéniable dans la mise en scène. Il capte les âmes déchirées et les vies brisées de ses personnages de manière toujours très humaine et très juste, sans jamais user d'effets de mise en scène gratuits ou vaniteux. Le résultat est d'une vivacité et d'une intensité assez folles, bouleversant sans être pathos et d'une élégante simplicité derrière l'apparente complexité de la narration.


Ce que le film réussit le plus est finalement son traitement de la condition humaine, anti-manichéen et tout en nuances. Aucun jugement n'est porté sur les personnages malgré leurs dérives morales. Aucun personnage n'est catégoriquement bon ou mauvais, condamnable ou défendable : ce sont juste les victimes tragiquement liées d'un concours de circonstance dramatique qui se débattent avec leur fatalité.


Superbe.

Swenser
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le 3 mars 2016

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Swenser

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