Oh ! Oh ! Cet Hector là est vraiment plus doux à palper que quand il livra nos vaisseaux à la flamme

Avis sur 300 : La Naissance d'un Empire

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Nom de Zeus, j'aime ce film. Mais alors franchement.

Par une certaine forme de miracle, j'ai réussi à atteindre la salle de cinoche sans spoales, sans connaître la moyenne, honteuse, de cette suite aussi attendue que redoutée. En sortant de la salle, j'étais encore tout retourné et je lui ai collé un 8 jubilatoire. Quelques échanges plus tard avec Real_folk_blues je découvrais avec une certaine consternation que j'étais seul sur mon île avec Real. Ah ben merde alors. Pourquoi ? Mais pourquoi ai-je autant apprécié ce qui semble être une foireuse série B débile ?

Le contexte peut-être. Pendant que je partais pour l'Hellade mythique, le garagiste s'occupait de mon compte en banque. Je savais que la note allait être salée et donc ce film aurait été un exutoire à mon désespoir de rejoindre dès le 12 du mois les tréfonds de mon compte en banque. Non. Je connaissais depuis longtemps ce qui m'attendais et tout était prévu. Faut chercher ailleurs.

Seconde raison évidente, je suis un geek. Je voue un culte à Conan, je porte des T-shirt Star Wars bref, je suis un fervent admirateur de cette sous-culture débile à souhait qui voit des types, et des dames, frémir de plaisir devant une charge de Rohirims, dévorer chaque planches d'un bon vieux comic des années 70 ... Alors là je veux bien. 300 est une adaptation d'un comic que j'aime beaucoup. Mais ce n'est qu'une pierre à l'autel que je suis en train de construire ici.

Troisième piste, j'aime les films en jupette. On me dit péplum, je fonce sans réfléchir. Même un vieux Maciste, je prends. Je peux regarder une série franco-yougoslavo-albanaise de 1968 sur l'Odyssée avec délectation. Un film sur l'antiquité ? Mais c'est direct la moyenne ! Oui, ben non. Les films sur une véritable antiquité se comptent sur le bout des doigts d'une main, le dernier que j'ai pu voir, Pompéi, est un exemple de plus de la débilité affligeante que l'on peut coller à ce genre. j'aime Gladiator comme film d'aventure, certainement pas comme film historique de haute volée. Et puis, si vous me lisez attentivement en ce moment, cette suite de 300 est, comme le premier opus, une adaptation de Comic ... et assurément pas un film historique. J'ai déjà lu deux trois critiques en diagonales et lorsque je vois l'argument "ET BEN C'EST PAS LA VERITE HISTORIQUE", je ris, jaune. Pire, je vais même démontrer à qui voudra bien me lire que ce 300 est plus respectueux de l'antiquité qu'un Troie ou Gladiator. Critiquer les erreurs historiques ici c'est un peu comme si on attaquait les Watchmen pour ne pas narrer la véritable guerre froide. Ca n'a juste aucun sens. C'est naïf, maladroit, malhonnête, idiot, sans doute, mais ça n'a aucun sens. Quant à critiquer l'emphase, les délires stylistique, c'est bien si on critique le genre, si on incendie les épopées antiques pour ces errements. Si on s'en tient à ce film et à 300, ça ne tient plus la route très longtemps, surtout si c'est pour décliner une réflexion sur le fascisme, concept assez intéressant ici pour illustrer les dangers de l'anachronisme. Comme ils est aussi idiot d'accuser l'oeuvre de Frank Miller, écrite en 1998, de vouloir pondre un pamphlet anti iranien dans un monde post 11 septembre .... 2001.

Quatrième piste, et là je vais immédiatement couper court à tout suspense, Artemise. Juste avant la séance nous avons eu le droit à moult bandes-annonces dont le futur Captain America. Evidemment, l'un des arguments de vente se retrouve dans la plastique de Miss Johansson et son superbe costume bien moulant. Et bien les goûts et les couleurs sans doute, mais entre une paire de sein et une femme envoûtante par un simple regard, il n'y a pas le commencement du début d'une photo. Clairement, lorsque je vois Eva Green, le film gagne en potentiel points positifs. Mais ça va plus loin que le regard de la belle. Artemise, cette Artemise, c'est Bêlit. C'est la Reine de la Côte Noire. Pendant tout le film, et encore maintenant, je suis certain que Murro et Snyder ont lu la nouvelle d'Howard. C'est obligé. Ou alors Howard leur a parlé dans leurs sommeils respectifs. Pour un bon film d'action, il faut un bon méchant et Artemise est une pure réussite. C'est une magnifique Bêlit et j'ai même vu, dans l'ombre, sourire Conan. Mais, là encore, la clé ne peut se résumer à cette femme, aussi envoûtante soit-elle. Attention, je pars dans mon délire. Il est encore temps de quitter cette critique.

J'ai prévenu un peu plus haut que ce 300 nouvel opus était, comme le premier, un bel hommage à l'antiquité. Il est temps de développer. Parti d'un pur Comic, Snyder a pour le premier eu les roubignoles d'imposer un code graphique très marqué, violent, chorégraphique, caricatural et délibérément exagéré. En lisant quelques critiques "professionnelles" comme, entre autres approches niaises et puantes de certitudes intellectuelles tartinées sur un fond culturel assez pauvre ou sur une mauvaise foi quasi mystique, celle de François Forestier sur le Nouvel Obs, je me suis liquéfié. Ainsi, faire foncer quelques petits grecs sur une myriade de Perses déshumanisés est faciste et idiot au possible. Messieurs et mesdames, relisez ou, plutôt, lisez vos classiques du genre. L'Iliade mérite qu'on la lise dans le texte. Hérodote, Eschyle tout autant. La myriade d'ennemis, les hordes de barbares grimaçants, c'est une figure de style. Il s'agit de porter aux nues les Grecs. Ce sont des écrits épiques au service de la glorification d'événements historiques. POESIE EPIQUE. CODES D'ECRITURE PRECIS. Tout n'est que gerbes de sang dans le film ; mais encore heureux. Porphureos thanatos ; la mort rouge. La fureur des textes est incroyable, mais encore faut-il avoir dépassé la lecture d'une fiche wikipedia ou du résume pour s'en rendre compte. Vous voulez que je vous rappelle la mort de Diorès dans l'Iliade (IV, 517-527) ? Un projectile est lancé et (un peu de texte littéraire ne fera pas de mal) :

"Lors le destin frappa Diorès, fils d'Amaryncée
Un gros caillou pointu l'atteignit à la jambe droite,
Près du talon. L'auteur du coup était le chef des Thraces,
L'Imbracide Piros, qui arrivait tout droit d'Enos.
La pierre sans pitié lui écrasa complètement
Les tendons et les os, et l'homme chut à la renverse
Dans la poussière. Il éleva les deux bras vers les siens
Et rendit l'âme. Piros, son vainqueur, courut vers lui
Et le frappa près du nombril ; lors toutes ses entrailles
Coulèrent sur le sol, et l'ombre recouvrit ses yeux."

Oui, j'ai un peu bossé cette critique mais en même temps j'ai fait quelques études qui aident. Alors oui, pour en revenir au comic de Miller et Varley, 300 est un bel hommage au genre épique. Et par les roubignoles d'Arès oui, les deux adaptations cinématographiques qui s'en sont inspirées sont dignes de ce genre. Tout ne doit être que fureur et démesure. Certes, les dialogues auraient pu être encore plus théâtraux, shakespearien. Il y a bien des tentatives fugaces mais on ne va jamais au bout. D'ailleurs c'est aussi une critique qui revient ; c'est presque trop théâtral, les dialogues sont parfois pompeux et grandiloquant ou carrément niais. Mais là aussi j'applaudi la tentative. Oui, bien entendu il y a du Shakespeare du pauvre dans cette amorce de tragédie épique en 3D sur fond vert. Comment ? Comparer cette farce sanguinolante au plus grand écrivain (ou plus belle mystification) de tous les temps ? Comparer ce truc mal cadré et fondamentalement plein de défauts ?? Et bien oui, j'ose. Là encore, relisez les textes du maitre ; les tragédies vomissent de sang comme Kurosawa l'a si merveilleusement filmé. Les représentations d'Hamlet ou de la Duchesse d'Amalfi, par exemple, étalaient au début du XVII pour cette dernière pièce pas moins de 80 cadavres sur la scène et faisaient gicler des litres de sang de porc. Et oui, le gore n'est pas né avec le cinoche ! Et puis cette Artemise, n'est-elle pas d'essence shakespearienne en Mante religieuse vengeresse ? Si j'étais taquin je pourrai même tenter un petit paragraphe sur la Chanson de Roland et ses preux chevaliers coupant d'un trait d'épée le sarrasin et le cheval, les humeurs du cerveau entre leurs doigts. Alors certes les dialogues auraient pu, dû, être plus soignés mais foutre, on est bien dans l'ambiance du genre.

Ce 300 ne mérite donc pas d'être cloué au pilori. C'est une adaptation d'un genre ancien, qui avait ses codes. L'aède chantait selon des règles très strictes, ici l'on film en chorégraphie. La violence était démesurée, elle le reste, devenue stylisée à grand coup de pourpre et de 3D et de palette bleutée (heureux choix froid et marin tranchant avec la précédente bien chaude). Les combats sont déments, épiques, car c'est ce que l'on attendait. Alors quoi ? A moins d'avoir zappé les bandes annonces, de ne pas comprendre l'avertissement "interdit au moins de 12 ans avec avertissement", je ne comprends pas qu'on puisse être choqué par cette violente esthétisée. Quant à la réalisation, si elle souffre de maladresse, elle n'en reste pas moins fidèle à un certain parti pris respectable. On part dans tous les sens, on a des zooms déments, des ralentis, et bien je prends.

Le scénario ? Lisible. L'idée géniale eut été de condenser les deux films en un seul, épique, de 3h. Le sacrifice des 300 spartiates pour qu'Athènes soit évacuée, puis Salamine avec, entre temps, la fureur de Poséidon envoyant par le fond une partie de la flotte perse et la bataille d'Artémision qui se déroule en même temps que les Thermopyles. Au passage grand moment que cette séquence d'Artémision et cette houle démente.

Bref, moi j'ai pris du plaisir, le plaisir coupable qui m'habite dès lors que je plonge dans mes textes anciens ou ceux de K.E.Wagner ou d'Howard.. Cette relecture de codes antiques me plait. Cette vision est même plus respectueuse que l'approche toute lisse et contemporaine du Troie de Petersen ou du gentil Maximus. Pour évoquer l'antiquité avec justesse, il faut soit viser la rigueur historique et perdre les spectateurs, soit tenter de toucher l'âme des textes. Le Comic de Miller ici décliné a réussi ce tour de force en modernisant les canons, là ou le Choc des Titans Next Gen s'est lamentablement vautré. Alors je dis bravo. Comme je dis bravo à cette fraternité virile des combattants, très bien vue mais pas assez poussée. Il faut dire que l'Alexandre de Stone s'est fait défoncer dès lors qu'il a montré l'homosexualité martiale des Compagnons alors là, je n'ose imaginer les sentences. Déjà, quand je vois comment la petite scène de cul se fait incendier ici ...

Avant la séance nous avons eu le droit, aussi, à la bande annonce de "La Légende Hercule". Si je déplore l'absence de quelques poils sur les torses huilés de 300, au moins ont-ils le mérite d'avoir des barbes. Là, cet Hercule imberbe bronzé aux UVs estampillé "dans la droite ligne des codes de 300", je suis parti pour le trucider. Cet Héraklès pré pubère tout droit sorti de Twilight, mon coeur va avoir du mal. Car, quitte à y aller, autant y aller à fond dans la fureur épique. Hercule n'a rien d'un héros, c'est peu de le dire.

Bref, j'ai des goûts de merde, je suis un anachronisme et j'adore ça.

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300 : La Naissance d'un Empire est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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