Le “ Walt Disney du manga” n’a pas seulement popularisé la bande-dessinée japonaise avec ses nombreuses séries pour tous les publics, dont certaines sont devenues des classiques, avec Astro, le petit robot, Black Jack, Le Roi Léo, Les 3 Adolf, Phénix, l’oiseau de feu, et bien d’autres.
Il a aussi été un pionnier de l’animation dans son pays. Avec son studio Mushi Production puis Tezuka Production, il fut le premier à proposer une série animée, alors en noir en blanc, en 1963. Pour parvenir au rythme hebdomadaire et réduire les couts, ils utilisèrent des techniques pour réduire l’animation dans ses étapes ou dans ses plans, ce qui popularisa son emploi et facilitera la sortie d’autres séries, lançant ainsi le vaste paysage de l’animation japonaise en séries.
Osamu Tezuka fut aussi l’un des premiers à comprendre les bienfaits des adaptations, utilisant ainsi ses propres séries comme supports pour des aventures animées et permettant ainsi de les faire connaître. Astro, le petit robot et Le Roi Léo firent ainsi partie de ces premières vagues d’adaptations qui ne s’arrêtèrent jamais.
Le mangaka était aussi un homme d’affaires, mais il ne faudrait pas oublier qu’il restait aussi un créatif touche-à-tout y compris dans l’animation. En plus de ces grosses séries pour la télévision, il a aussi supervisé, scénarisé ou réalisé des courts-métrages plus expérimentaux, de petites créations pures qui ne sont pas des adaptations et qui proposent une large variété de genres et de techniques. En 2005 Les films du paradoxe ont édité un DVD incontournable avec 8 de ces films.
Ces petits bijoux ont été crées dans les années 1960 et les années 1980, la décennie manquante ayant subi un coup d’arrêt des productions animées de Tezuka. Il serait un peu longuet de les présenter un par un, mais chacun mérite le visionnage, si on excepte l’”Autoportrait”, petite facétie de 13 secondes.
Chacun est vraiment très différent, mais quelques lignes se dégagent. A l’image de la production imprimée de Tezuka, les tonalités ne sont pas les mêmes, entre la grande aventure de “ La légende de la forêt ” avec son tragique mais courageux petit écureuil ou la petite farce “ La goutte ” et son marin naufragé qui meurt de soif. Les petites allusions d’“ Histoires du coin de la rue ” et son symbolisme très fort adoptant l’angle d’un bout de rue, avec ses nombreux personnages vivants ou inanimés dans un contexte de plus en plus dur de dictature et de guerre civile est ainsi très marquant, à vous prendre aux tripes.
Ce sont aussi parfois de petits concepts, poussés jusqu’au bout avec une certaine générosité, à l’image de “ Le saut ”, où le point de vue épouse celui d’un personnage qui n’arrête pas de rebondir encore et encore. Dans “ Le film cassé ”, outre la petite histoire de ce cowboy, c’est surtout son amusement à reprendre les codes des vieux films sur pellicule (imperfections, image qui saute, grain etc.) qui interpelle, jusqu’à aller dans les marges de sa propre réalité, du meta avant l’heure de 1985.
Les thèmes du Maître sont bien sûr inévitables, de sa petite fantaisie (“ Le saut ”) jusqu’aux courts plus longs et qui racontent une ou plusieurs histoires mais toujours au service des idées de Tezuka. Sous ses histoires parfois joyeuses, le mangaka faisait souvent poindre un pessimisme sur la nature des hommes (auto)destructeurs. C’est là encore le cas avec “ Histoires du coin de la rue ” et “ La légende de la forêt ”, entre menace environnementale ou menace politique. Dans “ La Sirène” l’histoire d’amour ne peut que se confronter au manque de tolérance des hommes.
D’un court à l’autre, cette anthologie nous emmène ainsi vers de nouveaux décors, de nouveaux thèmes, sans jamais avoir l’impression de la redite. Ce renouvelement constant passe aussi par la diversité des techniques d’animation utilisées, pour des courts qui sont de véritables laboratoires techniques et esthétiques. Il est possible que pour les créatifs et les animateurs cela permettait d’avoir des petites respirations entre les phases de création et de production soutenues des grosses séries animées de Tezuka.
“ La légende de la forêt” illustre bien cette ébulition créative, lui dont la progression passe ainsi par différentes formes d’animation, des techniques d’animation très limitées des débuts pour employer différents styles, tout en préservant la cohérence de son histoire et en suivant la Symphonie no 4 de Tchaïkovski. Outre le thème animal qui pourra y faire penser, ce sont bien certains segments plus en rondeurs qui rappeleront aussi une certaine école à la Walt Disney, bien que le court soit bien plus sombre et dramatique que ce que peut faire le studio américain.
“ La Sirène “ utilise quant à lui des fonds colorés avec des silhouettes en filigranes, ce qui lui donne un vrai charme coloré et esthétique. “ La Goutte” reprend un certain style d’animation américaine des années 1960, tout en grandes figures animées. “ Le film cassé” s’amuse avec le style rebondissant et “spaguetti” proche des studios Fleischer. “ Histoires du coin de la rue “ agglomère plusieurs inspirations, mais ses affiches qui prennent “ vie “ évoquent ainsi un certain style européen esthétisé de l’après-guerre.
Notons aussi que toutes ces créations sont sans paroles ou presque, et sont pourtant très accessibles, tout étant clair et limpide à l’écran grâce à ce pouvoir de l’image et grâce aux talents impliqués.
Et on pourrait encore parler longtemps des différentes inspirations ou des propres créations alors offertes à l’oeil du spectateur. De petites réussites techniques, certains datent des années 1960 tout de même, qui visent aussi à démontrer qu’il ne s’agit alors pas que d’animer des épisodes à la chaîne. Ces courts-métrages étaient probablement crées pour être montrés dans les festivals et probablement internationaux, mais il ne s’agit pas que de cartes de visites de luxe. Ce sont de véritables bijoux animés, aux sujets et aux esthétiques variées, mais tous traités avec soin, pour offrir le meilleur de ses idées et pour tous les différencier. Bien que ces 8 courts-métrages soient assez espacés entre les années 1960 et 1980, ils rappellent aussi que Tezuka fut vraiment un touche-à-tout certes chef d’entreprise mais aussi un véritable artiste.
Ces petites productions animées de quelques minutes ou d’une demi-heure sont ainsi à découvrir pour combler ce manque mal connu dans la biographie du Maître, mais aussi pour découvrir ces petits bijoux pour leurs qualités créatives.