Le plus sauvage d'entre tous les monstres

Avis sur A Beautiful Day

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A Beautiful Day a obtenu le prix d'interprétation masculine pour Joaquin Phoenix et celui du scénario pour Lynne Ramsay au dernier festival de Cannes. Le premier est une évidence, tant il porte le film sur ses larges épaules fatiguées. Ce qui n'est pas le cas du second avec une intrigue des plus minimaliste.

L'introduction est une mise en condition du spectateur. Le montage est rapide avec des plans serrés. On ne sait pas trop ce qu'on voit, ni ce qui se passe. Puis Joe (Joaquin Phoenix) sort de la chambre, se dirige vers l'accueil du motel et aperçoit le gyrophare d'un véhicule de police se reflétant dans les miroirs de l'entrée. Il prend la porte de derrière. Un homme l'attaque dans le dos. D'un coup de tête, il le met au sol et continue sa route. C'est sombre et brutal, à l'image d'une oeuvre qui ne laisse pas indifférent, mais va être aussi un peu décevante.

Joe est le produit d'une société où la violence est omniprésente. C'était un enfant battu par son père, dont il en a gardé une affection pour le marteau. Il a été soldat et à vu les horreurs de la guerre. Il vivra la même chose en tant que policier. Ces images restent ancrées dans sa mémoire et reviennent le hanter. Il est sur le fil du rasoir, en jouant constamment avec sa vie. Il trouve un exutoire en se servant de sa rage pour sauver des enfants se trouvant entre les mains de monstres œuvrant, comme lui, dans l'ombre. A travers ses actions, il tente de se sauver lui-même. Il n'a pas d'autres attaches. C'est un solitaire, restant souvent seul face à ses démons. Il veut les faire disparaître en jouant avec un couteau, en s'asphyxiant ou en regardant longuement les rails du métro. Il ne croit en rien, sauf à l'amour de sa mère. Il reste à ses côtés en s'occupant d'elle. Elle est sa seule raison de vivre.

C'est un trip sans complaisance, sombre et électrique, à la violence brut et esthétique. Plus on s'enfonce dans la noirceur de l'âme humaine et plus le film perd de son pouvoir hypnotique. Lynne Ramsay ne tient pas son intrigue jusqu'au bout, en finissant par ne livrer qu'un fascinant exercice style. Joaquin Phoenix sauve la minceur de son scénario, grâce à l'intensité de son jeu. Il est constamment sur la corde raide et à tout moment, on sent que cela peut devenir risible. La violence brève et frontale, nous empêche de basculer dans le grotesque. On est constamment mis sous pression. C'est viscéral et parfois flippant, comme le sourire de Joe dans une glace. On est en plein cauchemar, sauf qu'il est bien réel et qu'au réveil, il va reprendre le cours sordide de sa vie.

A Beautiful Day est éprouvant, mais ne parvient pas à me convaincre jusqu'au bout. L'absence d'originalité à travers un scénario; dont on se demandera longuement comment il a pu obtenir le prix du meilleur scénario; gâche le plaisir que me procure ce déferlement fascinant de violence, à la fois répugnant et séduisant. Pour autant, sa fin reste intéressante, avec son pied de nez à l'habituel conclusion de ce genre de films. Une oeuvre inaboutie, mais qui réussit presque à me séduire.

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