A Bittersweet Movie

Avis sur A Bittersweet Life

Avatar Djokaire
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Punch. C'est le mot qui nous vient à l'esprit une fois que le générique défile devant nos yeux ébahis. Les noms apparaissent, disparaissent alors que l'on garde le même en tête : claque. Grosse claque. On était simplement parti pour regarder un film sud-coréen qui se veut violent, sanglant mais diablement mis en scène comme on est habitué avec le cinéma du pays au matin calme. Le plus magistral dans toute cette démarche, c'est la dernière séquence. L'ultime plan qui nous montre le véritable message, pourtant très simple, mais horriblement efficace qui vient nous frapper tel un Tyler Durden enragé. Le scénario se voulait tellement si simple, tellement si fade, tellement si facile que l'on était certain que ça allait être la magie coréenne, les effets de caméras minutieusement disposés, les personnages incroyablement réaliste et attachant qui allaient rendre cette histoire grandiose. Eh bien, c'est ce que l'on croit jusqu'à la fin. Puis, à la fin, on se rend compte du véritable but de tout ceci et on s'empresse d'aller en parler aux amis tellement c'était magnifique. Depuis Donnie Darko, je ne m'étais pas pris une aussi grosse claque et encore, ce dernier ne m'avait pas autant frappé. Bittersweet Life remet tout le genre à sa place. Même Tarantino qui passe pour un puceau dans le métier et je pèse mes mots.
Jamy, explique nous le pourquoi du comment.

Eh bien Fred, c'est très simple. Le film est violent. Très violent. Il faut s'y attendre. C'est souvent le cas dans le cinéma sud-coréen et Bittersweet Life honore la tradition. L'on retrouvera donc des scènes sanglantes, des tortures, des combats de flammes mais aussi d'art martiaux. Le tout paraphrasé d'une note d'humour qui apparaîtra sur la portée du sang de temps en temps pour notre plus grand bonheur. La première séquence d'action, nous entraîne déjà dans le vif du sujet : Kim Sun-woo est un homme de main inébranlable (au sens propre comme au sens "amusant"). Une sorte de Kazuma Kiryu coréen. Personne ne vient lui marcher sur les pieds. Ni badboy, ni déliquent, Sun-woo apparaît comme froid, distant parfois maladroit socialement mais toujours sûr de lui. Toujours affublé d'une costume noir sur une chemise blanche, Sun-woo se charge de résoudre les problèmes de son patron. Le plus souvent, il suffit de deux claques dans la gueule et plouf. Mais cette-fois ci, le vieux lui ordonne d'aller vérifier que sa maîtresse ne fait pas trop de conneries dans son dos. Sun-woo, que l'on découvrira solitaire et reclus par la suite, s’exécute mais se prend d'affection et de tendresse pour cette minette asiatique. Quand il découvrira, qu'en effet, la jeune femme voit un autre homme que son patron, Sun-woo tentera de les tuer tout les deux. Malheureusement, devant les pleurs de sa dulcinée, il préférera l'épargner et s'en aller. Mais, il y croit le Sun-woo. Et son patron, on la lui fait pas. Ce saligaud décide de l'abandonner. Il le torture avant de lui couper un doigt de la main et de l'enterrer vivant. Sun-woo, car il est increvable et que c'est le plus beau, arrive à s'en sortir et décide de se venger.
En gros, faute, tentative de meurtre ratée, vengeance. C'est tout.

En dehors de ce scénario qui peut sembler cliché de prime abord, on nous mettra devant des plans incroyablement bien filmés. Le rendu stylisé nous offre une nouvelle vision de l'ultra violence au cinéma. La caméra épaule s'avérera efficace dans son immersion tandis que la caméra grue offrir des scènes plus classe. Classe ? Oui, classe. Quand on voit un héros sans peur et sans crainte tuer deux gangsters sans lever son arme pour ensuite traverser un immense couloir mais que la caméra s'arrêtera dos au mur... on est simplement subjugué devant un tel style sans parler des acteurs qui se permettent de perfectionner ce rendu. Avec Lee Byung-hun en interprète principal et un sosie d'Heath Ledger en version asiatique du nom de Kim Roi-ha plus d'autres très bons comédiens, la crédibilité du film ainsi que son réalisme criant explose l'écran. On a l'impression que ce genre de situation pourrait très bien arriver à n'importe quel moment. Mais c'est ici qu'un élément de la réalisation vient contrecarrer nos plans. On nous pond parfois des gunfight, certes ultra violents et sanglants mais surtout irréalistes. Sun-woo, qui semble avoir abusé de GTA comme dirait TF1, a besoin de plusieurs balles dans la poitrine pour commencer à sentir la douleur. Et c'est uniquement dans les scènes de shoot que l'on va se rendre compte que quelque chose ne va pas. On croit alors à une maladresse du réalisateur. Et c'est, enfin, à la toute fin que l'on comprend pourquoi Kim Jee-woon nous a laissé penser cela. Pour ceux qui viendraient ici pour comprendre le film, partager son avis, je me dois de tenter d'expliquer les dernières secondes. Ceux qui n'ont pas encore vu ce chef d'oeuvre, passez votre chemin, allez tout de suite au dernier paragraphe. Vous êtes prévenus. Attention. Vous continuez à lire. Donc vous avez vu le film ? Sur une TV ou sur un ordinateur ? Top, trop tard.

Spoiler : Une fois que Sun-woo se fait plomber comme une grosse pucelle, on aperçoit son reflet dans une vitre. On le voit finir de boire le café qu'il avait entamé au début du film et frapper dans le vide. Le héros zieute à gauche et à droite avant de s’entraîner à donner des coups de poings imaginaires. Il ne faisait que rêver. Un Fight Club avec le dédoublement de personnalité en moins mais en mieux. Sun-woo n'est en fait qu'un serveur qui se sent enfermé dans une monotonie tortueuse. Il s'invente alors une vie, il se fait un film qui deviendra celui que l'on connait bien : Bittersweet Life. C'est d'ailleurs là l'explication d'un tel titre. Par contre, certaines personnes pensent qu'au contraire, le reflet nous montre Sun-woo en train de se battre contre soi-même pour démontrer que c'est ce qu'il à fait en tenant tête à son boss, c'était de se combattre lui-même. A ce moment, sa quasi invicibilité face aux balles adversaire n'est plus justifié. Cette deuxième théorie l'est en revanche lorsqu'on aperçoit Sun-woo admirer son reflet avant de tuer son patron. Il se voit lui-même et tenter de se battre, encore une fois, lui-même en tirant une balle dans le coeur de son boss. Si vous voulez, c'est un peu le cas de figure de Shutter Island, y'en a qui veule croire au rêve et d'autre à la réalité. Je préfère croire au rêve. Je trouve que ça rend le tout beaucoup plus profond, humain et poétique.

Au final, Bittersweet Life nous envoie du lourd, du très lourd. Des scènes d'action violentes et sanglantes à souhait, un twist final bien pensé, des musiques magnifiques qui s'accordent parfaitement à l'ambiance jouée ( composées par Yuhki Kuramoto ) un mix parfaitement maîtrisé du violon et du piano. Si vous ne l'avez pas encore fait, je vous conseille de filer écouter l'OST sur YouTube.
Je ne voudrais pas en dire de plus sur ce film au risque de vous gâcher certains éléments qui, je pense, ne doivent être découverts que par vous-même pour apprécier pleinement le film. C'est difficile à croire mais Vol au-dessus d'un nid de coucou n'est plus mon film préféré. Maintenant, c'est Bittersweet Life. Punch.

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