Profondeur désenchantée

Avis sur Aguirre, la colère de Dieu

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Un film oui, un très bon film d'ailleurs. Mais avec des défauts qui le font exister. Pourquoi? Tout simplement Aguirre est un film totalement imparfait, avec des manques, des erreurs, des..., des... trop de choses. Mais ne serait-ce pas là l'expression d'une réalisation trop ambitieuse? Oui Herzog a été trop ambitieux.

Le film fut tourné dans des conditions chaotiques. Car si on voit bien dans quelles conditions dantesques les conquistadores tentèrent la quête de l'El Dorado, et bien l'équipe de tournage fut dans les mêmes conditions. La météo, le terrain, la forêt, hostiles aux étrangers. Et c'est là que le film peut sembler ennuyant et barbant, le tournage est déjà une réelle prouesse. Le but de la réalisation n'étant pas au final de faire nécessairement du contemplatif, mais de faire de cette épopée cinématographique une épopée aussi proche de ce que purent vivre Aguirre et les autres conquistadores. C'est un documentaire immergé dans une réalité passé. Oui Herzog a pris une machine à remonter le temps pour suivre Aguirre, d'où ce regard à la caméra de Kinski. Et oui Kinski (Aguirre) regarde droit dans l'objectif la caméra, chose assez improbable voir interdite au cinéma et ça ne choque pas. Aguirre se retrouve en position d'observé, d'épié, il cherche les Indiens mais nous c'est lui que nous observons, il est le spécimen. Cet objet cinématographique, ce reportage en première ligne de la folie autodestructrice de l'homme. Un pamphlet de l'avidité, une vanité grandiose.

Les défauts, il y'en a, pas mal. Le jeu d'acteurs, oui, Kinski est grandiose, le reste des autres acteurs est dans l'ensemble pathétique, on a parfois l'impression qu'ils regardent derrière la caméra pour savoir quand est ce qu'ils doivent parler, la diction est de très mauvaise qualité, les acteurs ayant beaucoup de mal pour exprimer quelque chose. Une direction d'acteurs assez chaotique. Seul Kinski fait figure de phare, protégeant le film des récifs, évitant au navire de finir au fond d'une eau sombre. Le manque de moyens, mais c'est quand même pour chipoter. Sans ça peut être le manque de variabilité des plans, pas de points de vue très changeant, mais cela nous mène vers des aspects de réalisation assez impressionnants.

Mise en scène impressionnante, cadrage, prouesse technique en milieu plus qu'hostile, des acteurs pas au niveau. Un Kinski somptueusement troublant, puissant, dominateur. Des plans souvent imagé, sans forcément de sens caché, ou autre, mais qui donne une large profondeur voir une plus grande densité au monde qui entoure les conquistadores. Un film tourné dans un environnement naturel sans artifice, comme pour confronter le spectateur, le réalisateur et les acteurs à la réalité, à la densité, à la violence du monde. Des hommes tout supérieurs qu'ils se croient ne sont rien face aux exigences qui rythmes la vie d'être si infimes. Des moments de monologues, de dialogues assez profonds dans le texte, des personnages marqués. Une folie sans faille, qui profite de la plaie béante que représentent les hommes pour dévaster le monde.

C'est donc devant un éloge de la fin de l'homme, un éloge de l'avidité, de la conquête, de la découverte. Un éloge de la perte, de la nature et de sa violence. Une ode à la destruction des hommes, qui, s'ils ne vont pas se perdre au-delà des limites du monde connu n'ont besoin que d'avoir un de leurs semblables pour chuter. Car Aguirre n'est pas la colère de Dieu quoi qu'il en dise, il n'est qu'un messager de l'absurde.

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