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Avis sur American Beauty

Avatar Mike Öpuvty
Critique publiée par le

Voici un véritable monstre de foire, un caprice de Dame-Nature, un mystère. Comment un film aussi inepte a-t'il pu se hisser aux sommets des films mondialement appréciés, allant jusqu'à obtenir l'Oscar du meilleur scénario... alors qu'avant d'être détroné par " Là Haut " il était largement le film le plus mal écrit de l'histoire de l'humanité ? [public : " ooooh... "]

L'objet se veut une satire sociale. [public acquiesce] Soit, j'en prend mon parti, mais alors comment se fait-il qu'il ne finisse par être ni une satire, ni une description de la société ? [public : " booouuh ! "]
Vous ne me croyez pas ? Allons-y !

Chapitre 1 : Des Branleurs

Ça commence avec des gros sabots, une chronique d'une mort annoncée, suivie d'une description épuisante du mal-être de Kevin Spacey. Figurez-vous qu'il va tellement mal qu'il se masturbe dans la douche ! Whoaw ! Non mais quel courage, Hollywood ! [rires] Et quel puritanisme surtout ! Branlette = Dépression Nerveuse ! [rires] Ne riez pas ! Le film établit à maintes reprises la corrélation...
Y compris dans des scènes oniriques les plus ridicules, avec pour illustration du fantasme sexuel Mena Suvari pendue au plafond avec des pétales de roses qui tombent !
Alors allons-y les mecs, on fait un vote... Quand vous vous branlez... Vous pensez VRAIMENT à des trucs comme ça ? [rires] Soyez pas embarrassés, dites-le moi. En vrai... Vous imaginez plutôt la croupe généreuse de Mena tendue vers vous tandis que votre braquemard impétueux fait son entrée ! [public : " Ooouuhh !! "] [applaudissements]

Le film parvient malgré tout à conclure que le sexe domine la moindre des décisions de l'humanité. Par conséquent, Annette Benning se tape un figurant dans une maison à vendre... Kevin croit que Mena est une chaudasse pendant 1H50... Même le voisin homophobe voit du sexe partout !
Heh. L'autre jour j'ai acheté des céréales fourées au chocolat à Carrefour... J'ai pas pensé une seule seconde à ce que j'allais me mater sur YouPorn pour me branler le soir ! [rires] Et pourtant c'étaient des céréales FOUREES ! [rerires]

Mais on est là dans un film complètement biaisé, qui tient tellement à marquer des points qu'il sacrifie la plus petite exigence scénaristique au profit du choc.


Alors les films coup-de-poing j'ai rien contre, il y en a même qui, s'ils ne marchent pas sur moi, n'en demeurent pas moins intéressants... Mais là faut voir de quel coup de poing il s'agit... A la fin, après avoir fantasmé des mois et des mois sur Mena Suvari, plaqué son job, aliéné sa famille, avoir stipulé en voix off qu'il était au bout du roulot... Kevin se retrouve avec Mena qui s'offre à lui sans condition. Et là, le scénariste lui fait faire une pirouette démente : au dernier moment, Kevin fait le choix moral de ne pas la dépuceler... Moi je dis " MON CUL ! " [rires]
Ce choix est le choix calme et réfléchi d'un scénariste stupide qui reste en sécurité derrière son Word 3.2, pas celui du type qu'on a vu partir en croûte tout le long du film !
Si VRAIMENT il avait voulu user du sexe pour choquer Hollywood, il aurait pris sur lui, et il aurait écrit une scène à la Polanski ! Je parle de ce que Polanski a fait dans sa vie y'a 30 ans, pas des films qu'il a tourné... [rires]

Donc en fait de courage, on a droit à un castrat qui fait croire qu'il a mis ses couilles sur le tableau de bord ? [rires] Quelle sinistre blague... [applaudissements]

Chapitre 2 : De la fable didactique de mes couilles.

[rires] Est-ce que mon procédé de critique à la Stand-up vous agace ? C'est pas horrible de lire entre crochets comment vous comporter en chaque occasion ? [public : " Siiiiii ! "] J'ai fait exprès figurez-vous... Et moi aussi ça m'a fait chier ! ( en plus pour faire des crochets il faut faire Shift+Pomme+une autre touche... C'est super-pénible [rires] )
Eh bien le film procède exactement comme ça.
La voix off du début vous dit exactement quoi penser du plus infime plan. C'est envahissant. On voit Kevin qui regarde Annette par la fenêtre avec une tête de trois pieds de long, et la voix off : " Ma femme est horrible... Pourtant avant elle ne l'était pas... " On voit Thora Birch qui se regarde avec dédain dans un miroir : " C'est ma fille. Comme toutes les adolescentes, elle est en colère et fragile, blah blah blah... "

Alors après la voix off s'éteint, Dieu merci, mais l'absence totale de subtilité persiste. Les personnages sont antagonistes pour aucune autre raison que ça aide le scénariste à placer ses petites répliques et Sam Mendes termine la première scène de joute familliale par une photo où ils sont tous les trois heureux... Bravi-bravo ! Donnez-lui un bon point pour l'effort.


Et puis un autre phénomène vient remplacer la voix off : le commentaire audio en live des personnages ! Annette Benning en agent-immobilière qui sur le pas de la porte déclare " Je vais vendre cette maison aujourd'hui ! "
Kevin s'assied pour assister à une performance de majorettes à laquelle il n'avait déjà pas envie d'aller quand il était en voiture, deux scènes avant : " On regarde juste ça et on s'en va, hein ? "

Bref, faut pas prendre les gens pour des cons. Si jamais le scénariste a fait son taf, on n'a pas besoin d'être constamment mis le nez-dans-la-merde, merci.

Chapitre 3 : De l'esthétique MTV

Non content de n'être ni courageux, ni subtile, American Beauty est un film repoussant.
J'ai parlé tout à l'heure de Mena Suvari pendue au plafond avec des pétales de roses, mais c'est pas la première fois que ça arrive ! Les pétales de roses sont même un thème récurent ! Au terme de la scène, qui dure une bonne minute ( UNE minute ! ) où Kevin tombe amoureux de Mena parce qu'elle "danse pour lui", des pétales en infographie trop moches sortent de sa poitrine ! On dirait un clip de RnB ! Alors c'est ça le modèle des représentations sexuelles pour les prochaines années ? Le confort aseptisé made in Beyoncé ?


Et même quand le film ne fait pas dans le débordement débile, le cadre, même quand il tente de ne pas coller à la gueule des acteurs pour ne pas trop ressembler à un téléfilm du dimanche après-midi, est systématiquement encombré inutilement, et ne laisse pas respirer les acteurs. En un mot comme en cent : le découpage est complètement foireux.


Chapitre 4 : De l'écriture d'une satire sociale

Car oui dans " Satire sociale " il y a social, et en fait, assez vite on se rend compte que seul le personnage de Wes Bentley a de l'importance. C'est lui qui donne son premier pét' à Kevin, amorçant sa lente descente aux enfers ( Super-puritain, encore une fois ) C'est lui qui montre à Thora Birch ce qu'est la beauté. C'est même autour de lui que se noue le drame final... Tous les autres personnages n'ont aucune volonté propre ni aucune importance, au final.

Or dans la vie, il n'en est rien. Les gens interagissent avec plus ou moins d'impact, mais si on veut rendre compte de ce qu'est la vie d'un quartier, ça ne sert à rien de filmer des pions sans âme évoluer autour d'un seul individu. Wes Bentley est le seul vecteur de message du film. Et même MOI je ne serai jamais le seul individu à avoir changé vos vies à jamais ! La preuve : je vais même bacler la fin de mon article.


Epilogue : parce qu'il se fait tard...

En 1991, Lawrence Kasdan nous a livré son chef d'œuvre : Grand Canyon qui partage beaucoup de thématiques avec ce rouleau de PQ : La crise de la quarantaine, le beau, ce qu'est l'entraide, la vie en quartier résidentiel, l'onirisme... Sauf que lui fait preuve de subtilité et de talent.


Voyez cet antidote et ne me reparlez plus jamais d'American Beauty.

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