AbFab !

Avis sur Annihilation

Avatar Mel Borel
Critique publiée par le

"Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale."

Le film débute sur un plan large de Lena (Natalie Portman) assise au milieu d'une pièce vide, accoutrée de ce qui semble être des vêtements d'hôpital, dévisagée et questionnée par trois hommes habillés de scaphandres lui demandant ce qu'elle a mangé pendant quatre mois ! La lumière tamisée confère à la scène une atmosphère inquiétante, accentuée par le désoeuvrement de Lena qui semble confuse face aux questions que ces hommes lui posent. A la plupart des questions elle répond "mortes" ou "je ne sais pas". On se demande ce qu'elle a bien pu faire... La scène dure deux minutes et se conclut par une dernière question : "qu'est-ce que vous savez alors ?" Elle baisse la tête, puis on se retrouve au coeur d'une comète fonçant tout droit sur un phare en bord de mer. Carton : "Annihilation", suivi de l'image d'une cellule qui se divise en deux. On entend ensuite la voix de Lena pendant l'un de ses cours de biologie : "Ceci est une cellule qui, comme toutes les cellules, est née d'une cellule vivante. Par extension, toutes les cellules sont nées d'une seule et même cellule. Une cellule unique sur Terre et peut-être même dans l'univers. Il y a quatre milliards d'années, un est devenu deux et deux est devenu quatre, puis huit, seize, trente-deux (...)" Flashback dans la vie de Lena avant l'interrogatoire.

C'est dans cette atmosphère étrange et curieuse que s'ouvre le film réalisé par Alex Garland (Ex Machina). Celui qui acceptera de ne rien comprendre aux quinze premières minutes du film, chargées de non-dits, de questions demeurées sans réponses, de bizarreries, et de se laisser porter par les événements, fera alors un voyage merveilleux emmené par cinq femmes aussi courageuses que fragiles auxquelles tout spectateur (homme et femme) pourra s'identifier. Mais, si les quinze premières minutes vous dérangent, alors arrêtez-vous là, car le film se prolonge sur deux heures et vous l'accuserez sans doute d'être inutile ou compliqué - ce qui serait une grave erreur ! C'est en effet un film aux allures de guerre toutefois profondément philosophique : une morphoanalyste (Tuva Novotny), une physicienne (Tessa Thompson), une ambulancière (Gina Rodriguez), une biologiste (Natalie Portman) et une psychologue (Jennifer Jason Leigh) nous font vivre une épopée homérique véritablement angoissante et humaniste au sein d'une jungle mutante, d'un nouveau genre. Chacune d'entre elles incarnant un stéréotype de comportement humain réagissant face à l'inconnu, au danger, à la nouveauté, aux certitudes, au lâcher-prise et à la compréhension des mystères de la vie. Bref, c'est un film totalement darwinien : soit vous vous adaptez et savez accepter les conditions imposées par le film, soit vous zappez - pour ne pas dire autre chose^^.

Mes genres préférés étant, à égalité, l'horreur et la SF, ce film, qui m'a fortement impactée, est pour moi un mélange acerbe et pur de ces deux genres. Visuellement, tout d'abord, il est intriguant et assez angoissant. La lumière y est très bien travaillée, elle éblouit même, l'obscurité et la semi-obscurité sont omni-présentes, et le "shimmer" est à l'image des sentiments évoqués chez moi : indéfini, lumineux et coloré. Ensuite, les SFX y sont très bien dosés : ni trop, ni trop peu. Le "combat" de Lena contre son alter-ego est, au passage et contre toute attente, très émouvant... Le scénario, ensuite, dont cette réplique mythique énoncée par Lena lors de l'interrogatoire : "ça ne détruit pas, ça crée quelque chose de nouveau." Ce film interroge effectivement nos croyances intimes, qui nous sommes, où nous sommes et ce vers quoi nous tendons. Quant à l'univers sonore, il est, lui aussi, à saluer puisqu'il sert le travail autour de la lumière en nous plongeant dans ce clair-obscur, dans cette atmosphère étrange et dérangeante aux sonorités inquiétantes que je n'ai cesse d'évoquer tout au long de ce billet. Vraiment, très créatif ! Pour finir, et cela n'a rien à voir avec le film (!), j'ai beaucoup d'admiration pour l'actrice Natalie Portman qui m'a toujours bluffée par ses choix de rôles, souvent passionnants et rarement superficiels. Ce film confirme, une fois encore, ce que je pense de son parcours d'actrice : que du bien ! Elle campe superbement le rôle de Lena, tantôt fragile, tantôt guerrière. Et d'ajouter que je lirai probablement le livre dont le film est tiré afin de comparer la vision merveilleuse d'Alex Garland avec celle de Jeff VanderMeer...

La seule critique que je formulerai concerne la distribution du film limitée à certains continents dont l'Europe ne fait pas partie, et l'obligation de souscrire à l'abonnement Netflix pour pouvoir le voir... Heureusement, j'ai de supers potes cinéphiles qui ont, eux, investi, ce qui m' a bien dépannée puisque j'ai même pu le regarder en V.O. ! La classe ;-)

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 173 fois
0 apprécie · 1 n'apprécie pas

Autres actions de Mel Borel Annihilation