« Au hasard Balthazar »... ah non ! Patriiiick !

Avis sur Antoinette dans les Cévennes

Avatar Anne Schneider
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Prénommer un âne Patrick et faire hurler son nom, comme les groupies d’un chanteur populaire, par celle qui l’a loué pour sa randonnée et prétend maladroitement s’en rendre maîtresse, il fallait oser... Or le second long-métrage de la scénariste et réalisatrice Caroline Vignal est tout entier placé sous le signe de cette audace. Audace de présenter une maîtresse d’école en robe de sirène, faisant chanter son amour par ses élèves, qui plus est devant l’homme auquel s’adresse cette déclaration... Audace d’engager son héroïne dans une randonnée solitaire dans les Cévennes, l’exposant ainsi à toutes sortes de rencontres...

Laure Calamy, de plus en plus magnifique de film en film, incarne cette Antoinette avec une sensibilité communicative, entre bonheur ravageur et montée de larmes aussi incontrôlable qu’une montée de lait. Avec enthousiasme, assure-t-elle, l’actrice retrouve, lumineuse, estivale et enchanteresse, la Lozère qu’elle a tout juste quittée dans « Seules les bêtes » (2019), où Dominik Moll peignait les causses sous leur jour hivernal, décoloré et inquiétant. Point de confluence : Florac, puisque la belle Antoinette suit le Chemin de Stevenson, ou GR 70, de Chasseradès à cette petite ville, où elle effectuera un demi-tour... pour mieux avancer !

Les rencontres qui émaillent ce parcours sont truculentes, puissamment humaines. Une humanité qui semble gagner jusqu’aux deux ânes chargés d’incarner le très unique Patrick, entre braiments commandés par la dresseuse Emilie Michelon ou jaillissant à l’improviste de la gorge de l’interprète, mu par une soudaine et géniale inspiration.

La musique de Matei Bratescot, très finement composée, joue un grand rôle dans l’escorte de ce cheminement : d’abord en mode facétieux, soulignant le comique des premières situations, elle glisse vers la country d’un road-movie puis le genre western, au fur et à mesure de l’avancée. Une convocation de multiples genres qui permet au scénario d’effleurer le conte au passage, avec une très belle scène de réveil en pleine forêt, puis même une sorte de parodie biblique, où le Christ entrant dans Jérusalem est devenu femme, prenant les traits d’Antoinette effectuant une entrée triomphale dans Le Pont-de-Montvert... De l’audace, on vous avait prévenus...

Une audace joyeuse, joueuse, libératrice, si bien que, sous la caméra sublimatrice de Simon Beaufils, la quête amoureuse et malheureuse du début s’est muée en épiphanie de la découverte de l’autre, qu’il soit âne, paysage... ou homme !

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