La folie, essence même de l'être humain.

Avis sur Apocalypse Now

Avatar Wahrgh
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Apocalypse Now est un film légendaire. N'ayons pas peur des mots. Tant par sa qualité technique et esthétique que par son tournage infernal qui, est au moins aussi connu que le film lui même. J'en profite pour inviter quiconque n'aurait pas vu Heart of Darkness, le making of, à le visionner d'urgence. C'est un bijou de documentation.
Apocalypse Now est un voyage, dans lequel on suit le capitaine Willard (Martin Sheen) dans sa traque du Colonel Kurtz (Marlon Brando). Un voyage physique et bien réel à travers le Viet Nam, mais également un voyage intérieur pour son héros, Willard, drogué et alcoolique, qui va permettre à Coppola de faire sa dénonciation de la guerre.

Impossible de ne pas parler de ce film, sans mentionner le tournage dantesque du film. Un typhon, qui détruisit les décors, un infarctus qui faillit tuer Martin Sheen, un Brando plus obèse et plus obtus que jamais, qui arrivait sur le plateau sans connaître ses textes, et un réalisateur à bout physiquement et psychologiquement, au bord du divorce et du suicide. Au lieu de s'étendre sur 4 mois, le tournage dura 15 mois au final. L'analogie avec l'enfer du Vietnam est toute faite.

Mais tout cela on le sait. Et, malgré toutes ces histoires, encore aujourd'hui, Apocalypse Now reste un grand film, une oeuvre majeure du 7e art. Un trip visuel démentiel, porté par des moments d'un lyrisme et d'un silence absolu, d'une magnificence à couper le souffle. Un voyage à travers lequel on suit le Capitaine Willard sombrer dans la folie et la démence de cette guerre, personnifiée par le personnage du Colonel Kurtz, bouddhiste obèse, véritable parrain de la jungle vietnamienne. Apocalypse Now est en fait un miroir pour le spectateur, il joue sur nos ressentis à propos du conflit Vietnamien, et c'est ce qui le démarque des autres grands films de guerre. En effet, Coppola joue sur des moments de joie et de tristesse, venant les uns après les autres. De l'attaque des hélicos et de son côté euphorique (Wagner et ses Valkyries) mais également horrible (oui ils massacrent un village pour pouvoir surfer), au dernier arrêt du bateau et l'affrontement entre Kurtz et Willard, chaque scène est empreinte de la marque de Coppola.

Coppola n'a pas l'intention de faire un film de guerre. Non, Apocalypse Now ne traite pas directement de la guerre. C'est un trip hallucinatoire, anxiogène au possible, une expérience sensorielle à vivre (je conseille d'ailleurs à quiconque ne l'ayant pas vu de le regarder seul, c'est un plaisir qui ne se partage pas). Dès les premières minutes, on est embarqué pour ce voyage, à bord de ce rafiot, au fin fond de la jungle, au fin fond de l'âme humaine, grâce aux fondus enchaînés et à la musique surprenante des Doors (The End). A chaque arrêt, à chaque scène, on avance vers la démence, vers le Colonel Kurtz. Tout est renforcé à l'image pour accentuer cet état de folie ambiant qui se dégage. La scène des hélicos, le contraste violent entre les ténèbres de la nuit et la lueur des spots lumineux, laissant place à un nuage, dans lequel on se perd, comme on se perdrait en son intérieur, perdu dans sa propre démence.

Et à l'arrivée vers Kurtz, plus de Vietnam, seulement la jungle, la nature a repris ses droits et l'Homme repasse à l'état sauvage. L'affrontement entre Willard et Kurtz est empreint d'une philosophie certaine, d'un côté ce prophète bouddhiste ayant vu l'apocalypse, cette folie guerrière, et face à lui, Willard, plus drogué et plus fou que jamais. Et à mesure qu'il récite ses paroles, la caméra en gros plan sur sa bouche, Willard se rend compte qu'il se retrouve face à son miroir, c'est un autre soi qu'il retrouve devant lui et qu'il doit abattre. Chose qu'il fait dans un rituel, monté en parallèle avec l'exécution d'un buffle, le retour à l'état naturel est complet, la folie est totale et l'Amérique a perdu son identité au Vietnam. Fin pessimiste mais au combien grandiose.

Le pessimisme de la fin inévitable de ce voyage a pourtant été annoncé dès le début du film. L'ouverture sur The End , n'est pas un hasard. Et même le titre : "Apocalypse Now". Si l'on regarde attentivement on a "l'apocalypse", la fin ultime et le "maintenant" signifiant l'instant présent, donc le tout début.

Outre la portée philosophique très importante du film (le voyage se termine par le retour de l'Homme à l'état sauvage, conséquence directe de la guerre), on retrouve des avancées techniques et technologiques qui font encore actes aujourd'hui. Le système 5.1, vient de ce film (l'impression d'avoir les hélices tournoyant autour de nous), mixité sonore (Doors vs Wagner), et bien sur cette beauté contemplative devant laquelle on ne peut détourner le regard, cette ambiance suante, repris par tant d'autres cinéastes. Bref, Apocalypse Now est un OVNI cinématographique, qui fait date dans l'histoire.

Ce film est une folie, oeuvre d'un fou débordant de génie, qui nous aura mis KO, et questionné sur l'essence même de l'être humain, confronté à la guerre.

Non, arrêtons d'avoir peur des mots, ce film est un chef d'oeuvre.

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