L'adoption

Avis sur Arizona Junior

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En 1984, le jeune trentenaire Joel Coen et son petit frère Ethan réalisent leur premier long-métrage, Sang pour sang. Un polar noir qui rencontrera un beau succès, notamment dans les festivals de films indépendants, et lancera la carrière des deux frangins. Pour leur second projet, Arizona Junior, les deux futurs chiens fous d'Hollywood explorent un nouveau genre, celui de la comédie. Car Arizona Junior est une comédie bien déjantée. Un grand délire tout coloré avec ses personnages loufoques et atypiques. Les gags s'enchaînent à un rythme effréné dans une sorte d'hystérie puérile.

Hi et Ed s'aiment. Lui est un petit malfrat, elle une policière. Ils se croisent au fil des allers-retours d'Hi dans une prison d'Arizona où travaille Ed. Alors qu'ils filent le parfait amour dans une vie bien rangée, une triste révélation va chambouler leur histoire. Ed est stérile. Mais le désir d'enfant est plus fort, poussant les deux tourtereaux à se lancer dans une folle entreprise : kidnapper l'un des quintuplés de Nathan Arizona, une figure locale de la vente de meubles.

Un des aspects plaisants au cinéma, ainsi que dans les autres formes d'art, c'est l'incroyable possibilité d'insuffler à une oeuvre telle ou telle direction. Exemple pour Arizona Junior, si l'on se borne au pitch du film (un jeune repris de justice et une policière décident d'enlever l'un des quintuplés de Nathan Arizona, un magnat de la vente de meubles), les frères Coen auraient très bien pu écrire et mettre un scène un nouveau polar noir. Mais ils décidèrent d'explorer un autre genre et d'en faire une comédie.

La grande originalité du film réside dans le trait cartoonesque de la mise en scène, caricaturant leurs personnages avec originalité, usant des décors et des situations pour créer un univers dans lequel le spectateur ne serait nullement surpris de voir tout à coup le tatouage de Woody Woodpecker du biceps d'Hi prendre vie et participer à la rocambolesque cavale. Deux scènes, particulièrement drôles illustrent la nature cartoonesque d' Arizona Junior. L'enlèvement du bébé dans une chambre où les meubles paraissent surdimensionnés et où Hi va éprouver toutes les peines du monde de choisir et d'enlever l'un des quintuplés. Ces derniers, profitant de l'occasion, s'échappent dans tous les sens, ridiculisant le pauvre Hi et lui causant une grosse frayeur. L'autre scène est le braquage d'Hi d'un paquet de couches dans une supérette sous les yeux d'une Ed abasourdie puis furieuse qui décide de le planter là, démarrant à toute berzingue et filant dans une zone pavillonnaire déserte. Hi, l'énorme paquet de couches sous le bras, se métamorphose, courant avec agilité dans les rayons du magasin, évitant les balles tirées par l'employé puis par les policiers le prenant en chasse.

Côté casting, le couple est interprété par Holly Hunter, parfaite dans son rôle d'Ed, capricieuse et faisant preuve d'une maturité en trompe-l'oeil, et par un Nicolas Cage dans un rôle taillé sur mesure pour son air ahuri et son regard de cocker. Deux personnages complétement paumés mais si attachants que l'on aimerait par moment voir leur folle entreprise réussir. Pour la petite histoire, Holly Hunter était la colocataire de Frances McDormand avant que cette dernière ne se marie avec Joel Coen. Outre ce duo, les personnages secondaires sont exceptionnels. Il y a les deux frères Snoats (John Goodman et William Forsythe), des sans-gênes, bêtes à manger du foin et anciens codétenus d'Hi. Nathan Arizona (Trey Wilson), sorte de Saul Goodman version vendeur de meubles, une pourriture en apparence mais qui se révèle être un homme bon. Sans oublier le chasseur de primes (Randall Cobb), mi-homme mi-bête, biker de l'apocalypse, tueur de lapins sorti tout droit de l'univers de Mad Max.

Arizona Junior est une comédie burlesque qui va implémenter de manière durable dans la filmographie des frères Coen, l'humour au service de personnages en totale rupture avec la société. Un registre qu'ils maîtriseront une dizaine d'années plus tard de manière magistrale avec The Big Lebowski et O'Brother.

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