Entretien de calvaire

Avis sur Ayka

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Cannes regorge de ce type de films qui tendent un peu les smokings, et voilent légèrement le ciel bleu sur lequel se découpent les palmiers : social et radical, fenêtre sur une réalité si lointaine. C’est une sorte de devoir de la Sélection Officielle, et qui explique qu’ils soient devenus au fil des années une tarte à la crème fustigée un peu trop rapidement. Sur la sélection 2018, un coup de poing comme En Guerre côtoyait les grands ratages des Filles du Soleil ou de Capharnaüm, et Ayka, présent au palmarès pour le prix d’interprétation à sa comédienne, est une proposition similaire.

C’est surtout le prix des sévices endurés qui récompensent le personnage, auquel strictement rien ne sera épargné. On retrouve la terrible course qui était celle de Rosetta, lui-même découvert et ovationné à Cannes il y a 20 ans, parcours semé d’obstacles et état des lieux désespéré pour cette sans papier kirghize dans un Moscou enseveli sous la neige, la boue, la corruption et les dettes.

Le sordide gangrené chaque centimètre carré. L’urgence de la survie est assez bien rendue, notamment dans un parti pris esthétique documentaire qui, s’il est loin d’être révolutionnaire (caméra à l’épaule, plans séquences en embardées sans respiration), est cohérent est maîtrisé. Rivé au personnage, le spectateur n’a aucune échappatoire, et le moins qu’on puisse dire est que rien n’est fait pour lui le ménager.

Mais c’est là que l’œuvre s’embourbe. Car sur ce canevas naturaliste, qui met au jour les terribles condition de vie de réfugiés considérés comme des esclaves et réifiés par une société qui, en plus de les méprisés, exploite leurs faiblesses, Sergeï Dvortsevoy greffe une symbolique supplémentaire dont on se serait volontiers passés. Toute la thématique de la maternité irrigue, au sens propre comme au figuré, un nombre considérable de séquences, qu’il s’agisse de vider les entrailles des poulets ou dans le fait que l’héroïne se vide, de son sang ou de son trop-plein de lait, dans une souffrance qui déborde littéralement d’une silhouette de plus en plus malmenée.
Les sommets sont atteints lors d’une séquence chez un vétérinaire, qui nous explique – si besoin était- que les riches moscovites traitent mieux leurs chiens que certains êtres humains, et la caméra d’insister lourdement sur les pertes sanguines d’une chienne que notre Cosette devra donc éponger.

A ce stade d’un film qui dure près de deux heures, le spectateur vit une catharsis qui outrepasse largement les intentions du réalisateur : son irritation lui permet de dépasser la culpabilité initiale, et les effets qu’on lui assène finissent par desservir la cause qu’on voulait lui faire partager.

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